La traversée du désert scribouilleux

Dans la vie merveilleuse des scribouilleurs, il y a ces moments où tout va bien. On pond des milliers de mots chaque jour, on vit d’histoires et de meurtres sanglants et on est heureux. Et puis, tout d’un coup, tout s’arrête et on se retrouve devant la plage obstinément blanche à se demander pourquoi la muse s’est barrée. Et ça, ça peut durer. Très, très longtemps.

Il y a quelques années, j’ai eu une de ces périodes hyper productives où je tournais à 2-3K mots par jour, où j’écrivais des romans en deux mois et où tout allait bien. C’était la grande époque de la rédaction des Balles perdues et tout semblait aller super bien. Et puis, la vie a fait que j’ai dû déménager, changer beaucoup de choses dans ma vie et l’écriture n’a pas suivi. L’envie était là, les histoires arrivaient toujours, mais c’était mission impossible de les coucher sur papier. Au début, je ne m’en suis pas inquiétée : c’était des choses qui arrivaient et ce que j’avais écrit, c’était quand même beaucoup. Sauf que le blocage a duré des mois, puis des années.

Le désert scribouilleux, cliché rare !

Alors, oui, j’ai écrit des petites choses entre temps, j’ai même bouclé quelques romans que j’avais commencé. Mais sortir chaque mot était devenu une torture et ce que j’aurais pu faire en deux jours avant, maintenant il me fallait deux mois. Tout était difficile et je n’en retirais aucun plaisir. Pire, j’étais en train de me demander si l’écriture était vraiment faite pour moi, si toutes ces années je ne m’étais pas trompée de voie. Et avec tout ça, le moral était aussi parti quelque part dans les chaussettes. Parce que j’écris depuis l’âge de dix ans et que sans ça, je n’arrivais tout simplement pas à me définir.

Et puis… et puis, tout doucement, ça a commencé à revenir. Parce que j’ai fini par trouver la raison première de ce blocage. Et cette raison première s’appelait Balles perdues. Ouais, ma grosse histoire. Alors, je ne suis pas en train de dire que j’en suis venue à la détester ni rien de la sorte. Je l’aime toujours de tout mon coeur et elle aura toujours une place très importante dans ma mare. Mais justement, parce qu’elle a une place très importante, elle en était venue à éclipser tout le reste. Elle avait été si présente pendant un long moment de ma vie que je n’arrivais tout simplement pas à faire autre chose. Et quand j’ai réalisé ça, j’ai ressenti un réel mieux. Même pas au niveau psychologique, mais au niveau physique. C’est comme si un vrai poids s’enlevait de mes épaules.

En comprenant ça, j’ai aussi pris une décision pour cette histoire. Celle de la boucler en quatre tomes, de faire le maximum pour la publier dans les meilleures condition… et de passer à autre chose. Ainsi, j’ai pu partir sur de nouveaux projets : des textes courts, des genres mis de côté, des narrations expérimentales. Et surtout, surtout, j’ai pu retrouver le plaisir de créer, là, avec mes dix doigts. J’ai pu retrouver le plaisir de bricoler des histoires, de réfléchir aux personnages, aux twists.

Ca fait quelques mois que je suis sortie de mon désert scribouilleux. Quelques mois que je réapprends à gambader entre les mots. Quelques mois, c’est peu, c’est fragile. Mais j’ai l’impression que cette fois, je laisse cette période compliquée derrière moi. Et ça, c’est plutôt sympa !

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