Bric-à-brac

A long long time ago…

Aujourd’hui, nous allons partir loin, très loin. A une époque où les gifs de chatons étaient considérés de bon goût et où on était heureux avec des écrans d’ordinateur cathodiques.

A l’heure actuelle, utiliser les réseaux sociaux est devenu une seconde nature pour beaucoup et on ne compte plus les plateformes à la wattpad. Mais il y a quelques années, le paysage du web scribouilleux était, hum, différent. Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne parlerai pas des ff.net et autres “grosses” plateformes qui auraient pu exister à cette époque. Pour la bonne et simple raison que je n’y trainais pas les palmes. Aujourd’hui, on va plutôt parler de webséries.

Non, pas de webséries vidéo qui se sont développées d’une manière assez folle depuis quelques années. Moi, je parle des webséries littéraires. Les débuts sont assez brumeux pour moi et peut-être (sûrement) que je vais zapper des choses. Je n’ai pas débarqué au début. Tout a commencé au début des années 2000 (il me semble que c’était 2002, mais je ne suis vraiment pas sûre). Le concept était le suivant : on reprenait tous les codes des séries TV avec une diffusion en épisodes, des castings virtuels, parfois (souvent ?) une forme de script et on publiait tout ça sur un site qu’on aurait bricolé avec ses petites mains.

LaSerie

J’avais découvert cette communauté au hasard d’une recherche google en l’an de grâce 2006. J’écrivais des trucs dans mon coin depuis une petite dizaine d’années et un jour, je m’étais demandée s’il y avait d’autres personnes dans mon cas. Spoiler alert : il y en avait.

Le premier site sur lequel j’étais tombée était laserie.net (toujours existant, même si bon, légèrement mort). C’était un annuaire de tous les sites de webséries que les auteurs avaient saisi dessus, classés par genres. Il y avait un système de nouveautés où les auteurs pouvaient prévenir leurs lecteurs de la publication d’un nouvel épisode. Et ça, c’était tellement beau. Je découvrais tout d’un coup un monde tout neuf et il y avait tellement de choses à explorer dans ce monde.

J’ai passé des mois à parcourir les différents sites, à lire à gauche et à droite. Je pense que c’est à ce moment que ma vue a commencé à baisser. C’était pas encore interdit par la loi, les textes gris écrits sur fond noir. Mais c’était pas grave. J’ai découvert des textes, des auteurs, des univers. C’était assez fou.

Alors, avec mes petits moyens techniques (j’étais au tout début de mes études de développeuse web), j’ai monté mon tout premier site. Je regrette beaucoup de ne pas avoir gardé cette merveille : il se résumait à un header photo d’une forêt morte en automne et d’un texte noir sur fond marronnasse. Le bon goût lol Et sur ce site, j’avais commencé à publier ma toute première fic du web : Zerkalo (devenue plus tard Ryorim, puis enterrée à tout jamais… jusqu’au grand recyclage des noms et lieux dans Balles perdues). Avec des mains tremblantes, j’ai créé ma fiche sur laserie, j’ai mis une actualité et tout et tout.

Et un jour, j’ai retrouvé un retour dans mon livre d’or (oui, c’était encore super tendance, les livres d’or).

Le FUWS et le Loft

Le retour en question menait vers un forum : le FUWS (pour Front Uni des WebSeries). Je crois que j’ai jamais autant hyperventilé qu’en lisant cette review. C’était dingue : quelqu’un était venu sur mon site, avait lu mon épisode et avait aimé au point de vouloir en parler aux autres. Dingue.

J’ai donc suivi le lien et je suis arrivée sur le FUWS. En non-habituée aux forums, je crois que je ne me suis même jamais présentée dessus. Je m’excuse donc profondément auprès des modos de l’époque mrgreen J’ai débarqué et j’ai commencé à explorer.

Il était beau, ce forum. Il y avait de tout partout, il y avait des gens qui discutaient, débattaient. Il y avait un endroit avec des sortes de journaux de bord où les auteurs présentaient leur travail, annonçaient les mises à jour, discutaient avec les lecteurs. Il y avait un endroit où on postait des reviews, où on lisait. Et puis, il y avait beaucoup de flood et c’était cool. Avant le FUWS, je n’avais jamais été sur un forum, tout paraissait beau. Et ça l’était. C’était la première fois que je rentrais dans une communauté sur le web.

J’ai fait mon petit nid sur le FUWS, j’ai continué les publications de Zerkalo, j’ai arrêté, je suis partie le récrire sur le nom Ryorim, j’ai arrêté, je suis de nouveau partie récrire… Oui, j’avais un petit perfectionnisme maladif. J’ai changé le site, j’ai évolué tant au niveau de l’écriture qu’au niveau technique.

Et un jour, il y a eu le Loft. Le Loft, c’était aussi un forum. Le FUWS était marron, le Loft était vert. Ici, le but n’était pas de centraliser les informations ou les reviews, mais de passer un bon moment ensemble. Chaque sous-forum portait par exemple le nom d’une pièce de cette grande maison et c’était quand même super chouette mrgreen Les deux forums ont coexisté pendant des années. Et beaucoup, comme moi, vadrouillaient entre les deux.

Parce que de l’un à l’autre, la communauté restait globalement la même (même si bien sûr, certains vivaient plus sur l’un ou sur l’autre). On discutait à un endroit, on se retrouvait à un autre. Et le plus beau, c’est que ça marchait. C’était complètement décentralisé et ça fonctionnait super bien. Bon, évidemment, il y a eu des tensions de temps à autre et je n’ai absolument pas été au courant de toutes les petites choses qui se sont tramées en coulisses. Mais c’était quand même bien.

Les chaines

J’avais vu laserie, j’avais vu les deux forums. Mais le voyage n’était pas fini. Loin de là.

Parce que si les auteurs s’étaient regroupés autour de ces forums, ils avaient aussi poussé le concept série TV plus loin. C’est ainsi que son nées les chaines de webséries. A l’époque où je suis arrivée, il y en avait trois : NeoWS, PacakeTV et les Werewolf Studios.

Le principe était donc le suivant. On avait des auteurs qui étaient sélectionnés pour en faire partie. Ils diffusaient leurs épisodes, il y avait une grille de planification et tout et tout. Ils avaient un espace à eux sur le site de la chaine, parfois même un mini-site. A côté de ça, il y avait des émissions, des interviews et tout plein de bonus.

Chaque chaine avait son forum et une communauté, différente des forums généralistes. En se calquant sur le principe des vraies chaines de séries, on fonctionnait en saisons. Et puis, chacun avait sa spécificité : Neo était plus axée sur les nouveaux auteurs, Pancake était du côté des expériences et les Studios tournaient autour des genres de l’imaginaire. Alors, oui, il y avait de la compétition autour de tout ce petit monde. Mais de mon point de vue, elles se complétaient pas mal.

Avec les années, ces chaines ont évolué. Des petites nouvelles ont aussi tenté une percée. Mais c’était assez compliqué de se faire une petite place. Ca a aussi été l’occasion de réaliser des projets. Pacake avait tenté l’impression de certains de ses auteurs. Neo avait lancé un réseau social. Bref, on expérimentait, on tentait des trucs et des machins.

Hors-Série

Que serait une communauté sans son petit magazine ? Eh bien, pas grand chose !

Je ne sais pas exactement à quel moment ça avait commencé. Peut-être avant mon temps, peut-être après. Quoi qu’il en soit, ce magazine a commencé à se publier. Comme beaucoup de choses dans cette communauté, sa production était éclatée. Il y avait des gens qui contribuaient une fois, deux fois, plein de fois. Il y avait des habitués, des ponctuels. Il y avait de tout.

Sur le contenu, il y avait des dossiers, des tops, des découvertes, des news.

Je ne saurais plus dire le nombre exact de ces numéros. Il me semble que ça tournait autour de la vingtaine.

Echows et les awards

J’étais entrée par la petite porte technique dans les coulisses des webséries. J’étais developpeuse web et donc un jour, on m’a demandé mon aide sur l’organisation d’un événement : les Webséries Awards (édition 2007).

C’était un concours entre les auteurs. Des webséries étaient sélectionnées, il y avait un jury qui lisait tout (et qui avait eu très mal à la tête à la fin), qui nommait dans des catégories. Et ensuite, les lecteurs votaient et on finissait par une cérémonie de remise des prix. Cet événement s’est maintenu tous les deux ans jusqu’en 2013.

Et après les awards, c’est echows qui est venu gratter à ma porte. Il existait depuis avant mon arrivée, mais je ne saurais même pas dire quel était son but. Alors, il avait été décidé de le refaire en en faisant un portail assez central de la communauté, une sorte de laserie un peu actualisé.

J’ai travaillé quelques mois dessus et le portail a vu le jour. Il proposait un annuaire de ws, comme laserie. Notre différence, c’était qu’on se proposait surtout comme un annuaire à reviews. C’est-à-dire que pour chaque ws, les lecteurs pouvaient ajouter des reviews. Ca permettait de tout centraliser, c’était chouette. On centralisait aussi les news des trois chaines.

A un moment donné, avec beaucoup d’aide, j’ai réalisé une refonte de ce site. Parce que la première version avait été faite avec mes faibles moyens graphiques et était assez moche dans son genre lol Ca a été l’occasion de faire de ce portail une sorte d’archives de la communauté. C’est ainsi qu’outre l’annuaire des ws / reviews, j’ai développé la présentation des chaines, j’ai sorti des archives tous les numéros du Hors-Série pour les proposer au public. Bref, le site évoluait, grandissait.

Et tout aurait été pour le mieux s’il n’avait pas fini hacké. J’avais pu sauver beaucoup de choses, je les ai toujours quelque part sur mon disque dur. Mais ça a marqué finalement la fin d’echows et de tout ce projet. Et avec le recul, je trouve que c’est dommage. J’aurais dû continuer, mais le hackage m’avait complètement découragée.

Meteora

Il y avait les auteurs des chaines, oui. Mais il y avait surtout beaucoup d’auteurs indépendants. C’était mon cas pendant la plus grande partie de ma vie websérienne. On publiait de notre côté, à notre rythme, on ne dépendait de personne. Bon, on avait certes moins de visibilité, mais c’était aussi un choix à faire.

Et pour ces auteurs, un forum a vu le jour : Meteora. Il proposait tout simplement de leur donner un espace où ils pourraient annoncer leurs publications. Sur le principe, ça ressemblait un peu au FUWS qui n’existait plus à ce moment-là. En gros, c’était un mélange entre un forum généraliste et une chaine. Chaque auteur avait un espace à lui, mais n’avait pas vraiment d’obligation de publication régulière.

Meteora a vu passer pas mal d’admins et est resté quelques années. Le concept de base était vraiment très chouette, mais il n’était sans doute pas arrivé au bon moment. Parce que tout ça commençait déjà à prendre l’eau…

Rideau et fin

Le web a évolué, les auteurs ont grandi.

Les gens ont tout doucement déserté les forums du FUWS et du Loft et ils ont fini par fermer (il me semble qu’il y a eu un souci d’hébergeur, mais je ne suis vraiment plus sûre). Le réseau de NeoWS, NeoBook, a fini hacké. Pancake a mis la clef sous la porte, ses admins ont tenté de s’éloigner des ws en lançant un concept plus vaste de création sur le web, 17 rue des Arts. NeoWS aussi a fermé. Les Werewolf Studios sont les seuls encore vivants à l’heure actuelle. Ils se sont éloignés du concept des ws, on élargi leur champ d’action, ont changé de nom aussi. Aujourd’hui, ils répondent à l’Allée des Conteurs et ont l’air de plutôt bien se porter. Comme NeoBook, echows a fini hacké et n’est jamais revenu.

Et les survivants de tout ça avaient migré sur Meteora. Nous n’étions plus vraiment beaucoup, mais il restait quand même un petit noyau. Sauf que voilà, après une communauté aussi vaste, on se retrouvait en petit comité, avec très peu (voire pas du tout) de nouveaux qui arrivaient. C’était un tout petit peu la tristesse lol Meteora a survécu quelques années avant que ses admins de l’époque décident finalement que c’était fini.

C’est avec cette fermeture que les webséries se sont terminées. C’était en 2014.

Conclusion ?

La communauté des webséries a eu tout plein de visages. Elle n’a cessé de changer, d’évoluer depuis mon arrivée et jusqu’à sa fin. Il y avait une belle force qui s’en dégageait et une créativité folle. Bien sûr, je ne suis pas objective, c’était la première fois que je découvrais un phénomène de la sorte sur un web encore tout balbutiant. Alors, forcément, elle avait une place toute particulière dans mon petit coeur.

Elle a aussi été le témoin d’une époque pour moi. A ses tout débuts, les réseaux sociaux n’existaient pas, on ne pouvait pas partager son texte avec son mur facebook ou son fil twitter. Il n’y avait pas de hashtags pour trouver les personnes qui avaient les mêmes centres d’intérêt que nous. Et globalement, le web était bien moins vaste. Et puis, il y avait cet îlot au milieu, ou plutôt ce rassemblement de choses très différentes et pourtant qui se complétaient à merveille.

Je ne dis pas que tout était rose. Dans une communauté, forcément qu’on va se retrouver avec des incompréhensions, parfois des conflits. Mais dans l’ensemble, cette communauté a fait beaucoup, vraiment beaucoup. Les idées fusaient, les projets se multipliaient. Et pendant son âge d’or, c’était beau à observer. Le déclin, un peu moins. Mais c’était aussi un passage obligé. C’est très compliqué de survivre une décennie sur le web et c’est cette date qui a marqué sa fin. Mais dix ans, c’est déjà énorme. Les personnes qui étaient arrivées à quinze ans en avaient vingt-cinq et tout dans leur vie avait changé. Forcément que beaucoup se sont envolés vers d’autres horizons.

D’un point de vue personnel, c’est sans doute l’une des découvertes les plus importantes que j’ai fait dans ma vie de scribouilleuse. J’écrivais avant d’y arriver. Mais c’est vraiment dans les ws que j’ai appris à écrire. J’ai appris à construire de jolies histoires, j’ai appris l’importance de l’échange. A l’heure actuelle, je sais que je ne pourrai tout simplement pas évoluer dans l’écriture en solo. La communauté a une force énorme et je suis très heureuse d’avoir fait partie de celle-là.

Parce que ça a aussi été l’occasion de rencontrer plein de personnes fascinantes, de découvrir des dizaines d’univers différents, de manières de raconter. Et c’est à leur contact que j’ai évolué, que je suis arrivée à ce que je suis aujourd’hui. Et puis, quelques unes de ces personnes sont devenues des amis et sont toujours dans les parages.

Bref, c’est un article qui est devenu très très long. J’envisageais de l’écrire depuis longtemps, mais je n’avais jamais trouvé le courage jusque là. Mais il fallait, pas vrai ? C’était une belle communauté heart

1 pensée sur “A long long time ago…”

  1. edorra dit :

    Souvenirs, souvenirs…
    Merci pour cet article qui m’a rappelé beaucoup de bons souvenirs, d’autres moins bons.
    Au final, les webséries représentent presque 10 ans de ma vie. Quand on prend un peu de recul, c’est énorme.
    C’était tout de même un beau voyage :)

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