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Sans issue ep. 1 – Jour 2

Salut à tous ! Nous sommes à quatre jours de la sortie du premier épisode de Sans issue, une série littéraire de SF anticipation. Comme d’habitude, je vous propose donc de découvrir le début pendant trois jours. Prêts ? Go !

« Nous espérons que vous avez passé une bonne pause. Est-ce que vous en avez profité pour aller prendre le soleil ? Il est tellement beau aujourd’hui. On dirait que l’été est déjà là. D’ailleurs, qu’est-ce que vous avez prévu pour l’été ? Vous savez que vous pouvez choisir de partir dans un de nos centres de vacances ? Ils sont accessibles en quelques minutes seulement de n’importe quel point de la cité. Il est temps de réserver votre place ! »

Gul s’assit derrière son poste de travail, lança le terminal. La radio plongeait tout le bureau dans une douce torpeur. Quelques collègues se lancèrent des regards entendus. C’était des habitués de ces centres.

Gul, il n’y était allé qu’une seule fois. C’est que ça coûtait les yeux de la tête. Mais il en était ressorti avec des étoiles plein les mirettes. Ils lui avaient fait choisir sa destination. Lui, il avait pris la mer. Il n’y était jamais allé avant. Puis, ils l’avaient fait entrer dans une pièce, il s’était allongé dans un fauteuil moelleux. Ils lui avaient branché les fils, ils lui avaient mis un casque. Et la mer était apparue devant ses yeux.

Il savait que ce n’était qu’une illusion, qu’il n’y était pas vraiment. Mais il avait complètement l’impression d’y être. Il avait l’impression de sentir le sable entre ses orteils et d’entendre le clapotis des vagues. Il avait même l’impression de respirer l’air iodé.

Il y avait passé trois jours et il savait qu’à la première occasion, il y reviendrait. Mais peut-être que cette fois, il choisirait la montagne. Il avait toujours voulu y aller, voir la vraie neige.

« Les nuages commencent à arriver sur la cité. Pour l’instant, ils ne sont pas bien menaçants. Pas d’inquiétude ! Notre service météorologique nous dit qu’il ne devrait pas y avoir de précipitations avant vingt heures. Vous allez donc pouvoir rentrer tranquillement chez vous. Mais prenez quand même un parapluie. »

Gul avait oublié le sien. Il faudrait qu’il en demande un à l’accueil si la pluie décidait d’arriver plus tôt que prévu. Il n’aimait pas la pluie. Parfois, elle tombait toxique et elle obligeait à porter des masques. C’était à cause de la guerre, ça.

Une fois, il n’avait pas eu le temps de rentrer et il s’était ramassé quelques gouttes dessus. Le concierge lui avait interdit de monter chez lui et avait appelé le service de décontamination. Ça n’avait pas été une bonne expérience.

Le soleil, c’était mieux. Il brillait, il ne faisait de mal à personne. À condition de ne pas rester trop longtemps en dessous. Parce qu’on pouvait se retrouver avec des brûlures assez graves. Mais tout le monde connaissait les mesures de sécurité. Personne ne restait exposé trop longtemps.

« Et n’oubliez pas ! Demain, nous allons fêter les sept ans depuis la fin de la construction de la ville. Pendant la pause de midi, un rassemblement sera organisé sur la place centrale. Venez nombreux, montrez votre joie ! »

 

×

 

— C’est bon, elle a fini.

Tal enleva le casque de ses oreilles, se tourna vers un écran plein de statiques. Il devinait quand même les contours du visage d’une femme. Il ne l’avait jamais rencontrée en vrai, mais il communiquait tout le temps avec elle. Elle donnait les ordres. Elle disait quoi faire, où aller et comment faire en sorte d’éviter les caméras. Tal n’avait jamais demandé qui elle était. Il ne connaissait même pas son nom. Tout ce qu’il avait besoin de savoir, il le savait.

L’enveloppe est au bon endroit ?

— Yep. Collée sous le troisième banc.

Bien. Il n’y a pas eu de soucis ?

— Un léger contretemps. Rien de bien grave.

Pour quelle raison ?

— Le banc était déjà occupé.

La femme hocha la tête.

Vous recevrez bientôt d’autres instructions.

Tal ne fit pas un geste, l’image de son interlocutrice disparut de l’écran.

Il se rejeta contre le dossier de sa chaise. Il espérait que Jo allait rentrer en un seul morceau. Elle n’était pas la personne la plus dégourdie qu’il connaissait. Et elle aimait bien ronchonner pour un oui ou pour un nom. Mais il l’aimait bien.

Il remit le casque sur ses oreilles, rebrancha le micro.

— Bon alors, t’es où ?

En route, bougonna Jo en réponse.

— Accélère la cadence. C’est presque l’heure d’aller bosser.

Je fais ce que je peux.

— C’est ce qu’ils disent tous.

Prochain coup, je te jure que c’est toi qui te colles au boulot sur le terrain.

— Moi, je veux bien. Mais t’arriveras pas à faire marcher un ordinateur.

Elle ne répondit rien. Il savait qu’elle était en train de grogner en réfléchissant à la meilleure manière de lui faire payer.

Ouvre la porte.

Tal se leva et se dirigea vers la sortie. Il composa le code et entendit les verrous cliqueter. Le battant s’ouvrit sur une Jo cramoisie. Il poussa un sifflement.

— C’est le soleil qui cogne comme ça ?

Elle lui lança un regard noir et rentra. Il la vit se débarrasser de sa veste d’uniforme.

— On crève de chaud avec cette saloperie, dit-elle.

— Estime-toi heureuse de pas devoir la porter tous les jours.

— Oui, parce que mon uniforme est tellement mieux.

— Arrête de râler. Tiens.

Il lui tendit un verre d’eau. Elle se laissa tomber sur une chaise et avala le liquide d’une traite.

— OK, ça va mieux, souffla-t-elle.

Elle planta son regard dans celui de Tal.

— C’était pour qui, l’enveloppe ?

— Aucune idée, répondit-il. Tu l’as bien laissée sous le banc, hein ?

— Non, je l’ai donnée aux deux gardiens. Pose pas de questions stupides.

— C’est mon boulot de vérifier, dit-il en haussant les épaules.

— T’as donc un boulot de merde.

— Regardez-moi qui parle.

Il s’esclaffa.

— Quand on ressemble à une écrevisse, on critique pas, conclut-il.

Il vit un sourire lui étirer les lèvres.

— T’es vraiment qu’une enflure, dit-elle.

— Je sais. C’est pour ça que tu m’aimes.

Elle éclata de rire et lui saisit le poignet pour regarder l’heure.

— Bordel, je vais être en retard, s’exclama-t-elle en se relevant. La douche remarche ?

— Mouais. Évite juste de mettre trop d’eau chaude. Le ballon risque de t’exploser à la gueule. Et entre nous, je pense pas que t’aies besoin de t’ébouillanter pour parfaire ton bronzage.

— Je t’ai déjà dit que t’étais hilarant ?

— Non. Mais je sais que tu l’as pensé très fort.

Elle lui tira la langue et passa dans la salle d’eau.

A demain pour la suite !

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