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Sans issue ep. 1 – Jour 1

Salut à tous ! Nous sommes à cinq jours de la sortie du premier épisode de Sans issue, une série littéraire de SF anticipation. Comme d’habitude, je vous propose donc de découvrir le début pendant trois jours. Prêts ? Go !

« Une nouvelle journée qui commence ! Aujourd’hui, le soleil brille et la météo nous annonce un joli 25°. Une belle journée, assurément ! Allez, on ouvre les yeux, on se lève. Il est déjà sept heures. Pas le temps de traîner au lit ! Quant à nous, nous allons poursuivre avec les dernières nouvelles de notre belle cité… »

Gul bâilla, s’étira. Il rejeta la couverture et balança les pieds hors du lit. Les volets s’ouvrirent et une lumière dorée inonda tout l’appartement. Gul sentit la fraîcheur du carrelage sous ses pieds, se leva et s’approcha de la fenêtre.

« Aujourd’hui, nous allons fêter les onze ans depuis la fin de la guerre. Onze ans de paix et de tranquillité. Peu de cités ont réussi à reconstruire sur les ruines. Beaucoup trop peu. Mais grâce à notre Grand Architecte, nous avons pu… »

Gul regarda les rues se réveiller. Il aimait le matin. Tout était encore chargé de tellement de promesses. Les gens filaient au rythme de la radio. Ils vaquaient à leurs tâches, ils faisaient vivre la cité. Gul attrapa son uniforme, passa dans la salle d’eau.

« Aujourd’hui également, le nouveau système d’alarme sera testé à midi pile. Il est possible qu’il interfère avec les ondes radio. Mais pas d’inquiétude, tout se rétablira immédiatement. Nous vous conseillons cependant… »

Debout devant la glace, Gul ajusta son uniforme, resserra le col blanc, hocha la tête. Il était prêt. Il remplit une bouteille d’eau, balança un cube dedans et attendit qu’il se dissolve. Il secoua la mixture et la cala dans son sac. Il aurait tout le temps de prendre son petit-déjeuner dans le métro.

« Attention ! En fin de journée, risques d’orages assez violents. Nous vous conseillons de rentrer directement chez vous après le travail. Toutes les activités extérieures sont annulées. »

×

 

Jo avançait. Les bâtiments défilaient, insignifiants. Elle sentait son cœur tambouriner, elle sentait la sueur lui couler dans le dos. Elle prit une inspiration. Tout allait bien se passer. C’était ce que lui grésillait la voix dans son oreillette.

La cité resplendissait. Tout y était blanc : les bâtiments, les pavés, les uniformes des gens. Ils avaient décidé ça après la guerre. Plus rien n’allait jamais être gris. Elle, elle n’avait pas le droit de porter l’uniforme blanc. Mais elle le portait quand même. C’était plus simple pour passer devant les caméras de surveillance.

C’est bon ? T’y es ? lui demanda la voix de Tal dans son oreille.

— J’approche, murmura-t-elle sans desserrer les dents.

Dépêche un peu.

— T’avais qu’à t’en occuper.

Et arrête de grogner.

— Boucle-la.

Elle entra sur une place. Une énorme place beaucoup trop blanche. On avait planté des arbres pour créer des allées, rajouter de l’ombre. C’était presque mignon. Mignon, mais bien trop rangé. Tout dans cette cité était trop propret.

— J’y suis.

Pas trop tôt. Laisse l’enveloppe sous le troisième banc à partir de la droite.

Elle ne répondit pas et se dirigea vers l’endroit indiqué. Troisième banc.

— Il y a quelqu’un dessus.

Combien de personnes ?

— Trois. Elles ont pas l’air de vouloir partir.

Continue de marcher. Elles finiront bien par s’en aller.

Elle grogna et passa son chemin. Elle n’aimait pas particulièrement s’exposer autant. Elle n’aimait pas être à découvert. Si une des caméras décidait de lui scanner le visage, elle allait passer un très mauvais moment. Elle devait se trouver dans les quartiers industriels, pas ici.

Elle fit un tour de la place. Les gens sur le banc ne bougeaient toujours pas. Elle jeta un regard à la grande horloge installée en plein milieu. Jo devait attendre que leur pause se finisse. Mais elle espérait surtout qu’ils partiraient bien avant. Si on la trouvait, elle, ici alors que l’heure de retourner au travail avait sonné, elle allait devoir se justifier. Et ça, elle ne pouvait pas.

Elle entama un deuxième tour. Ces crétins ne se remuaient pas. Elle les voyait discuter de manière de plus en plus animée. Ils gesticulaient, ils parlaient fort.

Soudain, son sang ne fit qu’un tour et elle serra les poings. Deux gardiens se dirigeaient vers elle. Leur uniforme aussi était blanc, mais une bande noire leur cerclait le bras. Elle s’obligea à ne montrer aucun signe de peur. Ils avançaient, ils avançaient.

Ils passèrent à côté d’elle sans lui prêter la moindre attention et Jo se passa une main nerveuse sur le visage pour essuyer la sueur. Elle ne se retourna pas, elle continua son tour.

Du coin de l’œil, elle vit les gardiens s’arrêter devant les personnes assises sur le troisième banc. Elle vit leur main posée sur le pistolet coincé à la ceinture. Elle vit les trois hommes se lever, elle vit de la confusion.

Puis, ils suivirent les deux gardiens.

Elle, elle avait le cœur qui tambourinait et elle était à peu près certaine que ses joues étaient écarlates. La chaleur était insupportable. Elle ralentit un peu le pas en approchant du troisième banc et s’y assit.

Elle leva le visage vers le ciel, comme pour profiter de la douceur de la journée. Du coin de l’œil, elle vérifiait les caméras de la place. C’était donc pour ça que ce banc avait été choisi. C’était un angle mort, aucune lentille ne venait y perdre ses yeux.

Alors ?

Elle sortit l’enveloppe d’une poche intérieure avec autant de naturel qu’elle put en trouver. Et elle la colla sous le banc. Elle resta encore quelques instants assise là, fixa l’horloge. Quand la grande aiguille arriva sur douze, elle se leva. La pause était finie. Tous les uniformes devaient retourner à leur poste.

— C’est fait, marmonna-t-elle.

Nickel ! répondit Tal. J’avais perdu espoir.

— Va te faire foutre.

A demain pour la suite smile

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