De l’utilité des critiques négatives

Je me suis lancée dans l’autoédition en 2015, mais je sévissais sur le web littéraire et ses communautés d’auteurices depuis 2006. Autant dire que ça commence à faire une petite trotte. Et il y a une chose qui m’a, hum, on va dire “étonnée” quand j’ai débarqué en autoédition. Allez, partons voir pourquoi les critiques négatives, c’est beaucoup trop bien !

Alors disons-le clairement : une critique négative fait rarement plaisir. On est tout content d’avoir écrit son truc, on le poste et là, VLAM, une critique qui démonte tout, qui donne envie de se rouler en bouler et de chougner en attendant la fin du monde. Ouais, ouais, je sais que c’est arrivé à tout le monde. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? (si la réponse était “oui”, vous pensez bien que je n’aurais pas écrit cet article)

Dans toutes les communautés littéraires par lesquelles je suis passée, on publiait du feuilletonnant, donc chapitre par chapitre. Les retours se faisaient (et se font toujours, d’ailleurs) par chapitre. Et pour illustrer mon propos, je vais citer mon propre exemple. J’étais jeune et innocente, j’avais cette histoire que j’écrivais depuis des années et j’en étais déjà à beaucoup (trop) de versions. Quand j’ai commencé à la publier, je n’étais donc pas au premier jet. Les premiers retours étaient plutôt bons jusqu’au jour où… ouais, jusqu’au terrible jour où est arrivée LA review négative. Et c’était une bonne, hein. Du type à démonter absolument chaque élément de l’histoire point par point et laisser mon petit coeur tout piétiné.

Avec cette critique, je suis passée par absolument toutes les phases du deuil. En commençant par le déni et la colère (“Nah mais il a rien compris !”), passant par le marchandage (“Okay, il a peut-être raison sur certains points, mais…”) et la dépression (“C’est de la merde, je suis une ratée…”) et en finissant par… eh bien, oui, l’acceptation. Parce que tout ce qui se disait dans cette critique était justifié. Mon texte était réellement faible, mes personnages étaient vraiment plats, mon histoire n’allait nulle part. Il m’a fallu plusieurs semaines pour digérer cette review et plusieurs semaines pour réaliser que je devais arrêter cette histoire. Parce que je m’y accrochais plus par habitude que par réelle envie d’écrire. La suite ? Eh bien, je me suis lancée dans un autre projet qui me correspondait bien plus, projet qui m’a ouvert les mirettes sur les sujets que je voulais vraiment traiter. Ca m’a permis de me diversifier dans les genres, dans les narrations. Bref, cette critique négative a vraiment été l’élément le plus important dans mon parcours scribouilleux.

Du coup, j’ai vécu des années avec cette expérience à l’arrière de ma caboche et j’ai appris à accepter et mettre à profit les critique négatives que je recevais. Je tiens quand même à préciser que je parle de critiques négatives construites et bienveillantes, pas de trucs de type “C’est de la merde, va te pendre” qui (on est d’accord, je pense) n’apportent rien. Et puis… et puis, je suis entrée dans le monde de l’autoédition.

Avant toute chose, je tiens à rappeler que j’aime l’autoédition, que c’est clairement le mode de publication qui me convient très bien et vers lequel je reviendrai toujours. Mais aimer l’autoédition n’empêche pas de voir des éléments problématiques qui y trainent. L’un de ces éléments problématique touche aux retours, justement. Et plus précisément aux retours négatifs.

J’ai vu un nombre incalculable de fois des auteurices venir étaler leurs commentaires négatifs face à leur communauté. Déjà pour se faire plaindre, mais aussi pour aller attaquer le malheureux ou la malheureuse qui a été assez dingue de pas aimer et d’oser le dire. (Encore une fois, je précise que je parle de retours argumentés, pas des trolls qu’on se récolte tous de temps en temps.) Tout ça pour quoi ? Pour qu’on les conforte dans l’idée que ce qu’ils faisaient était génial et que la personne qui avait lu et commenté était un abruti fini qui n’avait rien compris. C’est moi ou c’est pas hyper sain comme démarche ? Dans ma grand naïveté, je m’étais dit que dans un cas comme celui-ci, la démarche à suivre était d’analyser le commentaire reçu et de voir si les arguments étaient justifiés ou non pour apprendre et progresser. Ouais, j’étais sans doute trop naïve.

Parce qu’il y a sans doute une chose que ces auteurices oublient. S’ils publient un texte bourré de fautes, ou mal mis en page, ou avec des éléments problématiques, eh bien, les lecteurices ont parfaitement le droit de le remonter. Déjà, ils ont payé pour l’ouvrage et par ce fait, ils sont en droit d’attendre un ouvrage correct. Et ensuite, tout simplement, parce que le texte est mis sur la place publique. Si l’auteurice ne voulait pas de retours critiques, il aurait sans doute été mieux de rester dans son cercle restreint. Non ?

Et puis, d’une manière plus large, je me demande comment ça se passe dans la tête de ces gens. Est-ce qu’ils considèrent qu’ils ont atteint un tel niveau qu’ils n’ont plus rien à apprendre ? Ou que les gens qui ne les comprennent pas sont trop limités ? Je ne sais pas. Je sais juste que personnellement, avec plus de 20 ans de scribouille au compteur, j’apprends encore.

2 Comments

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    Rhavanielle 30 juin 2020 (16 h 27 min)

    Mais qu’est-ce qu’il est bon cet article ! :D

    En tant que (petite) chroniqueuse, c’est toujours stressant pour moi de devoir chroniquer un ouvrage autoédité… qui s’avère être bourré de défauts. Dans ces cas-là, j’ai tendance à ne pas mettre ma chronique directement en ligne : je vais d’abord la faire lire à l’auteurice si j’ai un contact avec, et ensuite, on avise, on discute, on éclaircir les points cités. Bien souvent, il ou elle prend note, et je garde mon avis dans un coin avant une relecture de l’ouvrage corrigé des mois ou des années plus tard… Je crois que ça procure moins de stress à tout le monde haha !

    Mais il est clair qu’un comportement comme cité plus bas dans l’article est incompréhensible… Si on est pas un minimum ouvert dès le départ à la critique, c’est qu’il y a un problème (et un certain manque de maturité, maybe.. ?).

    Merci pour ce bel article !

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      Svetlana 30 juin 2020 (20 h 47 min)

      Oh bah merci ! x) Ha, tu es sans doute plus patiente que moi. Quand je me retrouve face à un ouvrage comme tu décris (fautes, mauvaise mise en page, etc), je perds toute pitié xD Et en fait, c’est tout le souci : certains se précipitent vraiment trop vers l’autoédition alors que des sites *gratuits* comme wattpad ou Plume d’Argent auraient profité à faire grandir leur texte dans la bonne direction :)

      Oh, la maturité, elle manque clairement à certains xD Souvent, ce qui va avec, c’est l’argument du “l’auteurice a passé deux mois / deux ans / un temps certain sur le texte, on n’a donc pas le droit de critiquer son travail”. Traduction : si quelqu’un propose un truc mal corrigé ou avec un traitement problématique de certains éléments, on peut rien dire vu qu’il a bossé. Okay :p

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