Écrivons !

La scribouille et le monde réel

Bon, il est presque trois heures du matin, je bloque sur les chapitres que je devais écrire “aujourd’hui”, donc allez, un billet de blog !

Comme vous le savez peut-être, j’ai commencé à écrire pour maitriser le français qui n’est à l’origine pas ma langue maternelle. J’avais dix ans et j’étais en train d’apprendre à réfléchir dans deux langues. C’est à ce moment que j’ai pris la plume et que j’ai couché des histoires au combien fascinantes sur papier. Bref, on s’en fout un peu.

Pendant exactement dix ans, j’ai scribouillé dans mon coin. Mes meilleurs amis étaient les cahiers et les disquettes (eh oui, une autre époque). Je ne sais pas combien ça représentait en quantité, combien il y avait de mots ou de signes. Je sais juste qu’il y avait des histoires dans à peu près tous les tiroirs et toutes les étagères de ma chambre et que je les planquais bien comme il faut. Parce que pendant ces dix années, je n’ai rien fait lire à personne. Ni à la famille ni aux amis.

Au bout de ces dix ans, un truc a changé complètement ma vie. J’ai reçu en cadeau une clef USB protégée par mot de passe (512Mo, la grande classe). C’est aussi à peu à cette époque que je me suis payée mon premier ordinateur portable. La liberté totale, quoi (haha). Et du coup, je me suis lancée. La clef est devenue mon coffre-fort et j’ai écrit des chapitres et des chapitres d’histoires. Il se trouve aussi que c’est à ce moment que j’ai rejoint une communauté d’écriveurs sur le net, que j’ai bidouillé un site et que j’y ai posté mes écrits. Et rejoindre ces gens, faire lire ses textes à de vraies personnes, je sais pas, c’était quelque chose d’absolument traumatisant et magique.

Dans cette communauté, j’y suis restée des années, jusqu’à ce qu’elle meure de sa belle mort. Puis, j’en ai rejoint une autre dans laquelle je sévis encore et toujours. En fait, si vous voulez tout savoir, je viens de fêter mes dix ans de publication web. Voilà. Pendant ces dix ans, je sais que j’ai beaucoup évolué, que ce soit au niveau des thématiques que j’ai abordées, dans ma manière d’écrire, de narrer. J’ai essayé des trucs. Certains ont marché, d’autres pas. J’ai appris d’autres auteurs, j’ai vu qu’il y avait pleiiiin de manières de créer et que finalement toutes étaient valables. Et pour ça, je ne remercierais jamais le web et les personnes qui ont eu l’idée de ces communautés à la base.

Mais tout ça n’a en fait pas grand-chose à voir avec le titre de cet article.

Bon, vu que ça fait vingt ans que je scribouille, au bout d’un moment, ça a commencé à se savoir dans la famille. J’ai eu des blocages pendant un très très long moment avant de faire lire ce que j’écrivais. Pour tout plein de raisons, toutes complètement valables. L’écriture (pour moi, en tout cas) est un exercice très personnel. Je ne dis pas que mes bouquins sont des autobiographies, loin de là. Mais les personnes qui me connaissent intimement comme c’est le cas des membres de la famille peuvent facilement saisir les références que je place ici et là. C’est pour ça que la publi web était plus facile à appréhender. Parce que ces gens que je n’avais pas vu (ou pas encore), ils ne connaissaient pas vraiment mon histoire et les différents détails de ma vie. Ils ne pouvaient donc pas saisir ces références. Et quelque part, c’est ce qui m’a permis de me dépasser, de parler de choses dont je voulais vraiment parler sans me soucier de l’auto-censure que je me serais imposée si la finalité avait été de le faire lire par les proches.

Sauf qu’à un moment donné, un de mes bouquins a été retenu par un éditeur et a été publié. Là, ça devenait difficile de se cacher dans les méandres du web puisque le roman était accessible en trois clics. Je ne vais pas mentir, ce moment a été un grand traumatisme dans ma petite existence. Un bon traumatisme, mais un traumatisme quand même. Les scribouilleurs du net me lisaient depuis des années, on s’était même rencontrés à de nombreuses reprises. Mais ça restait différent. On s’était rencontrés grâce à notre passion du tricotage d’histoires, ce n’était pas comme un ami qui commençait tout d’un coup à te parler d’un de tes bouquins qu’il venait de lire.

Mais finalement, c’est ce premier pas… hm… dans le monde réel qui m’a permis de… je sais pas, de valider (?) ce petit passe-temps qui commençait quand même à prendre de plus en plus de place dans ma vie. C’est ce qui m’a permis de prendre la décision de me lancer par exemple dans l’auto-édition, de partir expérimenter d’autres choses. Tout le monde savait que j’écrivais, que je publiais des trucs. Chouette, il n’y avait plus vraiment de raisons de se retenir. Ca a l’air facile, mais ça ne l’est pas vraiment. Parce que jusque là, les titres que j’ai publiés font presque tous partie de ce qu’on pourrait qualifier de “gros délire”. Comprendre par là que pour la plupart, c’est de l’absurde donc le but premier est de faire passer un bon moment, de faire rire. Bon, de faire réfléchir un peu sur certaines choses. Mais le fait est que ces bouquins ne sont pas les choses les plus personnelles que j’ai dans la besace. Parce que oui, c’est plus facile de montrer au public un bouquin qui parle de mousse qui pousse et d’exterminateurs qui l’exterminent. C’est plus facile que de raconter des choses plus proches de mon histoire.

Sauf que voilà, je ne peux pas vraiment passer ma vie à raconter des choses mignonnes et rigolotes parce que c’est plus facile. Il y a à peu près un an, j’ai eu une grosse remise en question quand j’ai dû travailler sur un roman de SF assez sombre avec des situations plus réalistes dans un monde plus proche de ce que j’ai connu. J’ai bloqué pendant des mois sur les textes absurdes que j’avais commencés et certains ne sont toujours pas débloqués. Je me suis interrogée pendant un bon moment sur le pourquoi de la chose et finalement, j’ai décidé de m’écouter. Parce que j’avais envie d’écrire des choses plus sombres, j’avais besoin d’aborder des sujets plus sérieux. Le réaliser a été un réel soulagement et je me suis lancée à fond dans la scribouille de la fameuse saga de SF sombre et pas jouasse. Ca fait à peu près un an et je suis actuellement sur la fin du troisième tome. Sûrement un signe que c’était ce qu’il fallait que je fasse.

Mais voilà, pour l’instant, ça reste dans un cercle de lecteurs très restreint et je sais qu’un jour, je vais la passer par la case édition. Parce que c’est comme ça que je fonctionne. J’ai besoin de cette étape pour me dire qu’un texte est définitivement fini et que je ne vais pas revenir dessus pour le corriger encore et encore. Je vais le passer par la case édition et je vais le lâcher dans le vaste monde. Et ça, j’avoue que je le redoute… beaucoup. Parce que cette SF là, elle est personnelle. Elle prend par exemple appui sur l’histoire soviétique (bon, de loin, mais quand même), c’est donc quelque chose qui est proche de ce que je suis, de mes racines, de mon histoire. Avec les personnages, j’ai passé plus de temps qu’avec n’importe quels personnages des autres histoires. Ils sont devenus en quelque sorte une extension de moi.

Donc oui, clairement, cette publication va être une nouvelle étape dans mon projet d’édition, une nouvelle marche. Bon, je donne peut-être l’impression de râler, mais ce n’est pas l’idée première. Je trouve au contraire très chouette d’évoluer, de grandir en même temps que ses histoires, de passer à de nouvelles choses. Ca permet de se dépasser. Et bon, ça, c’est vraiment pas mal.

Bon et maintenant, on approche des quatre heures du matin. Ce billet a tellement débordé de ce que je comptais dire à la base. Tant pis, on va espérer qu’il n’est pas trop indigeste. Quoi qu’il en soit, bon matin à vous puisque vous verrez sûrement cette chose en vous réveillant. Et moi, je retourne à mes chapitres récalcitrants.

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