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Derrière le désert – Jour 2

Salut à tous ! smile

A l’occasion de la sortie très prochaine de Derrière le désert, je vous propose de découvrir le deuxième chapitre chapitre.

Bonne lecture !


« Personne n’est jamais revenu »

— Qu’est-ce qu’il y a derrière le désert ?

— Personne ne peut le dire.

— Pourquoi ?

— Personne n’est jamais revenu.

×

 

Un vent mordant souffle depuis déjà quelques heures. De plus en plus fort.

Il essaie d’avancer, de mettre un pied devant l’autre. Mais la poussière lui fouette le visage, l’empêche de respirer.

Alors, il s’arrête, s’assoit sur le sol caillouteux et s’enveloppe dans sa couverture. Il ne voit plus rien de ce vent déchaîné, mais il sent les bourrasques le bousculer.

Et il entend. Les hurlements du vent. Mais est-ce vraiment le vent ?

Ça ressemble à s’y méprendre à des voix. Des voix qui l’appellent, des voix qui le supplient.

Peut-être que ce sont les voix de ceux qui ne sont jamais revenus. Peut-être que la voix de Mara fait partie de cette litanie.

×

 

Vardan arriva au village dans la matinée. Il s’agissait du dernier avant le désert. La dernière étincelle de vie debout face à la plaine morte du couchant.

Il resta un moment planté devant l’étendue caillouteuse. Les habitants ne lui prêtaient que peu d’attention. Ils avaient dû voir passer bon nombre de voyageurs qui, comme lui, avaient senti l’appel. Ils attendaient sûrement qu’il continue son chemin, sans s’intéresser à eux, sans rien demander.

Il ne pouvait cependant pas poursuivre. Il avait mal calculé son coup, il était parti trop tard et le chemin avait été trop long jusque-là. La saison des bourrasques n’allait pas tarder. Et alors, il serait tout simplement impossible de survivre dans le désert. Il allait devoir attendre dans ce village. Combien de temps ? Pas trop. En tout cas, c’est ce qu’il espérait.

Il demanda autour de lui s’il pouvait rester quelque part.

Mais ici, il n’y avait rien pour abriter les voyageurs de passage. En général, ils ne faisaient justement que passer. Ils ne s’arrêtaient pas, trop impatients de continuer.

On lui indiqua le vieux colombier qui ne servait à rien ni à personne depuis des décennies. Il pouvait y rester le temps nécessaire.

Le colombier en question était une tour. Sa base d’argile brune émergeait de la terre, comme si elle en était le prolongement. Puis, des planches complétaient son sommet, manquantes pour la plupart. Un morceau de son toit avait été emporté dans une tempête et personne ne s’était pas soucié d’en remettre un nouveau. Quant aux pigeons qui auraient dû l’habiter, ils étaient partis depuis bien trop longtemps pour qu’on puisse s’en souvenir.

Il s’installa en bas, dans un espace protégé des vents. Puis, il grimpa jusqu’à ce toit absent et son regard plongea directement dans le désert. Devant lui s’étendait la plaine infinie du couchant.

Vardan plissa les yeux sous l’éclat du soleil qui était encore à son zénith, et sentit l’électricité lui parcourir les veines. Son voyage ne faisait que commencer.

×

 

Le vent ne veut pas faiblir. Depuis combien de temps est-ce qu’il souffle ? Quelques heures, assurément.

Il a essayé une fois de se remettre en route, mais sa vision a aussitôt été obscurcie par des milliers de grains de poussière.

Il a entendu dire que dans le désert, les tempêtes pouvaient durer des jours. Lui, il ne tiendra pas aussi longtemps. S’il ne se remet pas en route dans la journée, il peut tout aussi bien faire demi-tour et revenir d’où il est venu.

Quand il est parti, il a pris autant de provisions qu’il a pu. Mais le gros problème reste l’eau. Il a calculé, il ne tiendra pas plus de dix jours. Après… pour l’après, il n’est pas très sûr. Il a entendu dire qu’il y avait des sources dans le désert, mais qu’il fallait savoir les trouver.

Et lui, il ne sait pas.

×

 

Du haut du colombier, Vardan observait le village vivre sa vie. Certains travaillaient la terre, d’autres s’occupaient du bétail.  Les enfants couraient dans les rues, pieds nus.

Ce village ressemblait à tous ceux qu’il avait traversés. Ses habitants avaient réussi à s’organiser pour vivre en totale autarcie.

Ils n’avaient pas besoin d’aide extérieure et c’était tant mieux parce qu’ils n’allaient en recevoir aucune.

Le soleil commençait à décliner.

Il en était toujours à contempler le désert, perdu dans ses pensées quand il entendit des pas, à l’étage inférieur. Il se remit aussitôt sur ses pieds, ne sachant pas exactement ce qu’il convenait de faire. On lui avait pourtant assuré que le colombier était à l’abandon.

Puis, il entendit quelqu’un grimper l’échelle vers le toit, avant de la voir apparaître. C’était une fille, d’une quinzaine d’années, qui avait sursauté en le voyant.

Le soleil faisait danser des éclats cuivrés dans ses cheveux et ses yeux noirs le fixaient sans comprendre.

— T’es qui ? demanda-t-elle finalement.

— Je voyageais vers le désert, répondit Vardan. On m’a dit que le colombier était vide.

— Il l’est.

Elle le fixait toujours avec méfiance.

— Tu comptes rester longtemps ?

— Le temps que les bourrasques passent.

— C’est long, commenta la fille d’un air déconfit.

Elle jeta un coup d’œil sur la plaine par-dessus son épaule et sembla mettre ses doutes de côté. Elle s’avança jusqu’à l’ouverture dans le toit et se laissa tomber à même le sol sans lui accorder un dernier regard.

Surpris, Vardan resta les bras ballants à observer son dos.

— Et toi, demanda-t-il finalement en s’approchant d’elle, qu’est-ce que tu fais là ?

— Je regarde le coucher du soleil. Et je n’ai pas l’habitude d’avoir du monde autour. Tu ne pourrais pas habiter ailleurs ?

— Quoi, tous les jours, tu viens regarder le soleil se coucher ?

— Tous les jours.

— Et quand il y a des tempêtes ?

— Quand il y a des tempêtes, il n’y a pas de soleil à voir.

Il ne trouva rien à répondre et elle ne fit pas l’effort d’entretenir la conversation. Alors, ils regardèrent tous deux le soleil se coucher en silence.

×

 

Le vent s’est calmé. Oh, juste un peu, mais c’est suffisant pour qu’il se remette en route. Le soleil blême qui filtre à travers les nuées de poussière lui indique qu’il a encore quatre bonnes heures avant l’arrivée de la nuit.

Plus il avance, plus l’air s’éclaircit. Le vent faiblit, la poussière se dissipe.

Il se retourne et voit la tempête s’éloigner. Elle a dû partir vers le village. Là-bas, on doit être en train de s’activer pour tout mettre à l’abri avant l’arrivée des bourrasques. On doit être en train de sonner l’alarme aussi.

Mais le village est loin à présent. Il ne le voit plus à l’horizon.

×

 

Le lendemain, Vardan partit voir le désert. Il s’assit en tailleur juste au bord du village et regarda.

Il avait l’habitude de ce paysage. Depuis toujours, il n’avait connu que la terre brune, à perte de vue. La terre brune, les maisons brunes, l’air brun… Alors, forcément, il en était venu à rêver, rêver de traverser le désert, de découvrir ce qu’il y avait au-delà. Il voulait voir de vraies couleurs, des couleurs éclatantes comme celles dont parlaient les livres.

En soi, la terre aride du village et celle du désert se confondaient. Certains prétendaient même que ce désert, il était partout. Et pourtant, maintenant qu’il y était, Vardan comprenait que ce n’était pas entièrement vrai. La frontière entre les terres et le désert était bien là. Peut-être pas visible. Mais il la sentait. Il savait que là où il se tenait, il était en sécurité. Il savait que s’il faisait un pas de plus, il atteindrait le point de non-retour.

Quand la chaleur du soleil commença à se faire insistante, Vardan détacha son regard de l’horizon. Il se remit sur ses pieds et remarqua alors une silhouette qui l’observait, tranquillement installée à l’ombre d’une bicoque. Il reconnut sa visiteuse de la veille.

Elle semblait hésiter, puis sortit de l’ombre et vint se planter droit devant lui, ses yeux noirs obstinément fixés sur les siens.

— Est-ce que tu sais ce qu’il y a derrière le désert ?

La naïveté de la question le fit sourire. Mais la fille sembla prendre ce sourire comme un affront et il vit ses sourcils se froncer.

— Si je le savais, répondit-il, je ne me tuerais pas dans les recherches.

— Ouais, d’accord. Mais je veux dire, t’as dû lire des trucs à ce sujet, demander à des gens. Tu n’es quand même pas parti comme ça, sans rien savoir. Qu’est-ce que t’as trouvé ?

Au moins, elle ne prenait pas de gants. Elle voulait savoir. Non, elle avait besoin de savoir, comme lui voilà quelques années.

— Je ne sais pas grand-chose, dit-il finalement. Mais je peux te raconter le peu que j’ai réussi à trouver. Et déjà, comment tu t’appelles ?

×

 

Il s’arrête soudain et réalise une chose. Il est seul. Vraiment seul. Avec personne à des kilomètres à la ronde.

Mais ça fait des années qu’il n’a plus personne à qui parler. Avec Mara partie et Bechka morte, il s’est retrouvé complètement seul. Bien sûr, il y a eu les villageois. Ils se contentent de vivre leur vie, de passer leur existence à ne pas fixer l’horizon. Cet inconnu les effraie. Peut-être qu’ils craignent de découvrir ce qui se cache derrière.

Ou tout simplement, ils craignent de réaliser qu’il n’y a rien du tout.

×

 

Mara, c’était le nom de la fille.

Ils étaient allés s’asseoir à l’ombre, le soleil de midi tapait vraiment trop fort. À cette heure de la journée, tout le monde restait à l’intérieur, derrière les murs épais qui arrêtaient la chaleur. On attendait que le soleil décline pour sortir.

— Alors ? demanda-t-elle, avide de savoir.

Et il lui raconta.

Il lui parla des vieux livres qu’on conservait précieusement dans son village. Il lui parla de ces reliques de l’Ancien Monde. Des livres où s’étalaient des images de fleurs de toutes les couleurs, des animaux de toutes sortes. Des livres qui parlaient de mers et de forêts.

Il la vit ouvrir de grands yeux émerveillés. Elle devait se voir aussi derrière le désert ; à fouler l’herbe verte et non la caillasse grise, à regarder le coucher du soleil non pas sur le désert, mais sur la mer.

— Peut-être, dit-elle finalement, peut-être que c’est pour ça que personne n’est jamais revenu.

En ses paroles, Vardan voulait y croire autant qu’elle. Il voulait que derrière le désert se trouve une oasis de verdure. Il voulait que derrière le désert, il y ait une ville blanche, resplendissante au soleil.

— Peut-être, répondit-il avec un sourire.

Mais elle ne l’écoutait plus. Elle reporta son regard sur l’horizon où une nouvelle tempête était en train de se préparer.

×

 

Le vent n’est plus que de l’histoire ancienne. Plus aucun mouvement d’air ne se fait sentir. Rien. Comme si le temps s’était arrêté. Comme si le désert avait décidé de se reposer.

Même le soleil semble glisser plus lentement que d’habitude vers l’horizon.

La journée touche à sa fin. Oh, bien sûr, il ne s’attendait pas à trouver le bout du désert après seulement deux jours. Mais il ne peut pas s’empêcher de ressentir une profonde déception.

Pourtant, il voudrait y croire. Il voudrait croire que derrière le désert, il n’y a pas juste un autre désert. Il voudrait que tous ceux qui prétendent qu’il n’y a rien par-delà l’horizon se trompent.

Et il voudrait voir cette ville dont lui parlait Mara. Une ville blanche.


Merci d’avoir suivi ce deuxième chapitre et à demain pour la suite smile

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