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Derrière le désert – Jour 1

Salut à tous ! smile

A l’occasion de la sortie très prochaine de Derrière le désert, je vous propose de découvrir l’intro et le premier chapitre.

Bonne lecture !


« Un premier pas»

Ici commence le désert. Des kilomètres et des kilomètres de terre aride.

Il se tient à son bord. Il hésite à faire le premier pas.

Il se retourne vers les maisons d’argile. Ici, tout a cette même couleur brune. La terre, les bicoques, l’air. La poussière est partout et le vent n’a de cesse de la balader en d’épais nuages. Quand il forcit, on s’abrite dans les maisons, on calfeutre les portes et les fenêtres avec des torchons mouillés et on attend que ça passe.

Même les jardins, ces petits lopins cultivés sous la chaleur du soleil, sont bruns. Tout ce qui pousse dans cette terre aride prend aussitôt sa couleur.

Il reporte son regard vers le désert. Il doit le faire, il le sait.

Il doit voir ce qu’il y a derrière le désert.

Alors, il fait le premier pas.

 

« Un autre désert »

— Qu’est-ce qu’il y a derrière le désert ?

— Rien.

— Comment ça, rien ?

— Derrière le désert, il y a un autre désert.

×

Le jour a fini par se lever vraiment. Le soleil commence à taper fort dans son dos. Le vent ne souffle pas. Rien ne bouge. Absolument rien.

S’il se retourne maintenant, il pourra apercevoir le village au loin. Mais bientôt, il se confondra avec le désert et il ne pourra plus faire demi-tour.

×

Mara fixait l’horizon. Tous les jours, elle grimpait tout en haut du colombier et regardait le soleil se coucher sur le désert. La tour n’abritait plus aucun pigeon depuis longtemps. À présent, il n’y avait plus besoin d’envoyer de messages. Ce temps qu’elle n’avait pas connu était révolu.

Son regard se perdit un instant parmi les maisonnées du village. Brunes comme la terre. Leurs ombres s’allongeaient dans le jour mourant ; elles envahissaient les ruelles de guingois ; elles annonçaient l’obscurité à venir.

Le soleil rougeoyait en atteignant l’horizon. Il faisait courir ses derniers rayons sur la plaine, sur cette terre sèche et morte où rien ne pourrait jamais plus vivre.

Au loin, un nuage de poussière s’était formé. Après quelques minutes d’observation, Mara fut fixée sur sa destination. Il venait droit sur le village. La nuit, il faudrait se barricader dans les maisons et attendre. Attendre qu’il passe, qu’il arrache quelques plantations. Attendre.

Elle ne bougea pas du colombier. Le nuage était encore loin. Rien ne pressait.

Le soleil finit par atteindre l’horizon. Mara regarda son disque rouge se faire dévorer par la terre. Il était parti par-delà le désert.

Le ciel se colora de sang encore quelques minutes avant de s’assombrir. Et le nuage approchait.

Mara finit par en détacher son regard. En bas, les gens du village avaient aussi aperçu la tempête. Ils commençaient à se préparer. Barricader les fenêtres avec des torchons, recouvrir les plantations avec des bâches attachées à des piquets, regarder l’horizon pour s’assurer que la poussière était encore loin…

Et finalement, sonner l’alerte pour que tout le monde puisse se mettre à l’abri.

×

Le désert défile sous ses pieds ; caillasse grise, argile brune, poussière jaune.

Ça y est, il est parti. Il a réussi à prendre son courage à deux mains. Et maintenant, il ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint le bout de ce désert.

Et derrière le désert…

Non, il ne sait pas vraiment ce qu’il s’attend à y trouver.

Mais il sait que ça sera différent, différent de tout ce qu’il a vu jusqu’alors.

×

Mara arriva à la maison au moment où l’alerte commençait à retentir. Les premières rafales faisaient déjà danser les grains de sable.

— Tu sais, le soleil peut se coucher sans ton aide, grogna Bechka en l’apercevant.

Mara sourit à la vieille femme. Tous les soirs, quand elle rentrait de son colombier, Bechka mettait un point d’honneur à répéter cette même phrase, encore et encore. Et à chaque fois, Mara voyait glisser du mécontentement sur ses traits usés. Pas contre elle, mais contre quelque chose que la jeune fille n’arrivait pas bien à saisir.

— Viens me tenir ça, continua Bechka en lui tendant quelques vieux torchons.

Mara attrapa le tissu rêche et s’activa pour boucher les interstices dans les battants en bois fixés sur les fenêtres.

— T’as vu ton frère ? Où il est encore allé traîner, celui-là ?

Le mécontentement se mua en inquiétude. Bechka ne voulait sans doute pas la laisser paraître, mais Mara la percevait derrière ses bougonnements.

— Il reviendra au dernier moment, tu le connais.

— Il a intérêt. Je ne vais pas l’attendre la porte ouverte pendant la tempête.

— Il reviendra.

×

À présent, le soleil se couche. Il décline doucement vers l’horizon juste en face de lui. Aujourd’hui, il ne se colore pas de rouge. Au contraire, ses rayons perdent de leur chaleur, son disque devient de plus en plus pâle alors qu’il se perd dans la poussière.

Une tempête se prépare au loin. Il ne peut pas encore sentir le vent, mais il sait que bientôt, elle sera là.

×

Le vent forcit brusquement. Le soleil n’était déjà plus qu’un lointain souvenir. Les ténèbres commençaient à grignoter chaque recoin de la bicoque, malgré les bougies qui tentaient de les chasser.

Et lui, il rentra au dernier moment, comme toujours.

Essoufflé, il referma la porte derrière et lança un regard de précaution à Bechka.

— Où t’étais encore ? grogna-t-elle.

— Oh, tu sais, pas très loin.

— Pas très loin… T’aimes juste jouer avec mes nerfs.

— Non, mais c’est vrai. J’étais avec Karist et…

— Karist, je l’ai vu rentrer il y a un moment.

— Ouais, voilà, il est parti avant. Et moi, je, euh…

Mara observait Bechka qui tentait de conserver un air sévère. Mais elle savait qu’elle était soulagée de voir rentrer Ned. Le garçonnet brun le savait aussi, elle le vit dans ses yeux espiègles.

Les rides de Bechka finirent par s’adoucir. Tout le monde était là, en sécurité. Alors, la tempête pouvait bien se déchaîner dehors.

×

 

Il s’installe pour la nuit. Avec le soleil parti, le froid recouvre le désert.

Il resserre sa chemise autour de lui et sort une vieille couverture de son sac. Elle a été rapiécée tellement de fois qu’il ne doit plus rester grand-chose du tissu originel.

Il la jette sur ses épaules et écoute le désert.

×

La tempête se déchaînait dehors, cognait contre les murs, tentait de rentrer par les interstices, sifflait, hurlait, appelait. Et Bechka avait fini par s’assoupir.

— T’étais où tout à l’heure ? chuchota Mara à Ned.

Ils s’étaient blottis sous des couvertures. Les nuits étaient toujours fraîches. Ils avaient laissé une seule bougie allumée. Elle n’éclairait pas vraiment, mais chassait un peu les ténèbres, rendait les hurlements du vent moins sinistres.

Le garçon regarda Mara en plissant les yeux, comme pour s’assurer qu’elle n’allait pas divulguer ses petits secrets. Finalement, il dut juger qu’il pouvait lui faire confiance.

— Tu vois les ruines ?

— Celles qui sont au nord ?

— Ouais. J’étais là-bas avec Karist.

— Il est rentré plus tôt que toi.

— Parce qu’il a eu la trouille. Il y a un caillou qui a bougé à un moment, il a dit que c’était un fantôme et il est parti.

Mara retint un rire.

— Et toi, tu n’as pas peur des fantômes ?

— Ils n’existent pas. Karist est bête, c’est tout.

Ce coup-ci, elle s’esclaffa, ce que le garçon prit pour de la moquerie. Il se renfrogna sous sa couverture et ne dit plus rien.

— Tu n’as jamais voulu savoir ce qu’il y avait derrière le désert ? demanda Mara pour briser le silence.

Ned oublia aussitôt ses vexations.

— J’ai déjà demandé à Bechka, dit-il, l’air penaud. Elle m’a dit d’arrêter de poser des questions bêtes.

— Et si, derrière le désert, il y avait vraiment quelque chose ?

— Comme quoi ?

— Je ne sais pas.

— Il pourrait y avoir des fantômes.

— Je pensais que tu n’y croyais pas, aux fantômes.

— Je ne crois pas qu’il y en ait dans les ruines. Mais derrière le désert, c’est carrément possible.

— Et pourquoi des fantômes ? Pourquoi pas juste des gens ?

— Parce que ça serait des gens qui ont essayé de marcher dans le désert et qui ne sont pas arrivés au bout.

— Mais imagine qu’ils aient réussi.

Mara vit le garçon essayer d’imaginer. Il fronça les sourcils et ferma les yeux.

Elle, elle vivait avec ses images depuis toujours. Dès que son regard se posait sur l’horizon et tentait de deviner ce qu’il y avait par-delà, elle ne pouvait s’empêcher de voir tout ce que les livres de l’Ancien Monde racontaient.

Mara sourit et ferma les yeux à son tour.

×

Les étoiles scintillent au-dessus de lui, tellement nombreuses. Pelotonné dans sa couverture, il les regarde et pense au lendemain.

Il ne sait pas combien de temps il lui faudra pour traverser le désert. Il ne sait même pas si le désert a une fin. Mais il a envie d’y croire. Il a envie de croire que tous ceux qui sont partis chercher le bout du désert l’ont trouvé.

×

Un nouveau jour se leva sur le village. La tempête avait fini par laisser le village derrière elle. Elle était partie plus loin, ravager d’autres habitations, hurler d’autres mélopées.

Ce coup-ci, elle n’avait pas été bien méchante. Les bâches des plantations avaient tenu bon et toutes les maisons étaient restées intactes. Il n’y avait plus qu’à attendre la prochaine et prier pour qu’elle ne fasse pas davantage de dégâts.

Mara fixa l’horizon pendant un long moment. Il était clair à présent.

Était-il possible qu’il y ait quelque chose par-delà ? Peut-être une ville, peut-être des gens, peut-être… Ou peut-être rien du tout. Peut-être que les livres mentaient.

Non, il y avait forcément quelque chose. Et elle allait le découvrir.

Un jour, comme beaucoup d’autres avant elle, elle prendrait le chemin du couchant. Elle irait chercher le bout du désert.

Parce qu’il était inconcevable qu’après le désert, il n’y ait qu’un autre désert.

×

Il n’a pas dormi de la nuit. Pourtant, il sait qu’il aura besoin de toutes ses forces pour réussir ce voyage vers l’inconnu. Mais il n’a pas pu empêcher son esprit de partir vers des rêveries de petit garçon.

Sa sœur aussi a rêvé il n’y a pas si longtemps. Mara voulait voir ce qu’il y avait derrière le désert. Oh, elle voulait tellement le voir. Alors, un beau jour, elle est juste partie.

Bechka aurait sûrement essayé de lui faire entendre raison, mais on dit que quand le désert appelle, on ne peut pas faire autrement que de l’écouter. On ne peut pas faire autrement que de lui obéir.

Mara est partie il y a trois ans, quand il n’avait que treize ans.

Et il ne l’a jamais revue.


Merci d’avoir suivi ce premier chapitre et à demain pour la suite smile

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