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La Septième Face – Jour 2

Salut à tous ! smile

A l’occasion de la sortie très prochaine de La Septième Face 1, je vous propose de découvrir le deuxième chapitre. Gaffe, il peut faire fuir le cerveau mrgreen

Bonne lecture !


 

Le Mythe de la Grande Coasseuse était resté sur le sol. On avait négligemment demandé à Machin de ne rien déplacer dans la septième bibliothèque. Dans les six autres non plus, d’ailleurs. Ainsi que dans le reste du manoir. C’était pour les besoins de l’enquête, ils avaient dit. Du coup, il restait là, dans un coin de la bibliothèque à les regarder discuter, en se pinçant inlassablement le bras dans une ridicule tentative pour se réveiller. Au bout d’un moment, il dut pourtant se rendre à l’évidence – si c’était un cauchemar, il était bien trop réel pour le chasser par une méthode aussi banale.

Son regard s’accrocha alors sur l’oncle, toujours suspendu par un pied et sur les employés de la morgue municipale qui s’agitaient autour, telles des puces sur le dos d’un chien. Ils prenaient des images « pour les besoins de l’enquête ». Machin savait que ces images allaient ensuite être transmises à des scientifiques émérites dressés depuis leur plus jeune âge à trouver d’un coup d’œil ce qui clochait. Mais il doutait beaucoup que les images de ces mêmes employés posant le sourire jusqu’aux oreilles à côté du cadavre aillent dans le même tas.

Machin aurait pu être indigné, il aurait pu leur dire leurs sept vérités, leur reprocher de ne pas respecter sa perte, mais il n’en fit rien. Il estimait qu’ils avaient aussi le droit de se détendre, pour une fois que le cadavre offrait de lui-même une franche rigolade. Il aurait eu honte de l’avouer, mais même lui eut du mal à retenir un sourire. Un seul, entendons-nous bien. Il jugea tout à fait inapproprié de récidiver.

Une fois toutes ces images prises et les employés certains de voir ce moment trôner dans l’album familial entre le sixième anniversaire de Lucette (quand le petit ange avait mis le feu à la perruque du vilain clown) et le premier vélocipède de Bertrand (qu’il avait mis en pièces sept minutes après la prise de l’image), une fois les images prises donc, il leur vint à l’esprit qu’il faudrait peut-être le décrocher.

Ce pauvre oncle n’aura eu aucune chance, pensa Machin. Après une mort ridicule, voilà que les employés avaient réussi à le faire tomber juste comme il fallait. À présent, son cou formait un angle des plus bizarres qui lui ajoutait soudain une vague parenté avec toutes les chouettes à rouflaquettes du Cube. Si jusque-là, Machin avait encore dans l’idée que l’oncle pouvait subir les conséquences de champignons mal intentionnés, à présent, il savait que même si les champignons y étaient pour quelque chose, les employés s’étaient chargés d’achever le travail. Cette chute fut le prétexte à une nouvelle séance de poses loufoques à côté du cher disparu.

Enfin, on décida de sortir le corps de la maison pour l’envoyer par transporteuse express dans un établissement fort réputé pour le logement des Cubiens ne bougeant plus. Et – histoire de contenter le dicton de l’exception qui confirme la règle – le corps fut sorti sans anicroche.

Depuis un moment déjà, plus personne ne faisait attention à Machin. Il ne fut donc guère étonnant qu’on l’oubliât carrément dans son coin. Un employé assidu prit même la peine d’éteindre la lumière. Et s’il y avait une chose que Machin n’aimait pas, c’était bien le noir. Enfin, en réalité, il y en avait un sacré paquet de choses qu’il n’aimait pas, en commençant, finissant et passant par les plantes du parc. Heureusement, le soleil choisit ce moment précis pour se lever.

Un rayon tomba pour une raison inconnue sur le Mythe de la Grande Coasseuse que personne n’avait pris la peine de ramasser. Estimant que l’interdiction de déranger la scène du crime – si crime il y avait eu – n’était plus d’actualité, Machin s’approcha du livre et le ramassa.

Depuis toujours, son oncle était passionné par tout ce qui touchait de près ou de loin à la Grande Coasseuse, ne ratait aucune célébration, était allé jusqu’à lui ériger un autel dans la plus grande pièce du manoir et, bien évidemment, créer la seule et unique réserve de grenouilles sacrées. Un bon paquet de légendes entourait la Coasseuse à laquelle on accordait la création du Cube et des nénuphars.

Il ouvrit négligemment le livre et le feuilleta jusqu’à arriver au marque-page inséré à l’endroit où l’oncle s’était arrêté. Il s’en désintéressa rapidement. C’était tout un pâté sur la légende de la Septième Face. Totalement farfelue d’après Machin, elle avait toujours allumé le regard de l’oncle. Le Cube avait beau être une sacrée aberration, Machin avait du mal à lui imaginer une septième face.

Déambuler dans la maison vide toute la journée ne lui disait rien. Mais traverser le parc, puis trembler dans la transporteuse pour enfin arriver pile au moment de la livraison de moustiques était encore moins séduisant. Sauf qu’il n’eut pas le temps de s’ennuyer ce jour-là.

Exactement sept minutes et sept secondes après la sortie du corps, la sonnette extérieure retentit joyeusement. Machin ouvrit la porte principale et aperçut tout au bout de l’allée une silhouette courte sur pattes derrière le portail de fer forgé. La politesse aurait voulu que Machin – à présent seul maître des lieux – aille jusqu’au portail pour accueillir le nouveau venu. Mais un coup d’œil aux sept morsures de la veille l’en dissuada bien vite. Il se contenta donc d’ouvrir le portail à distance et d’attendre posément à la porte en se régalant intérieurement du spectacle.

L’homme en question avança d’une démarche assurée. Ses foulées franches ne tardèrent pas à alerter la flore locale qui dormait tranquillement depuis un bon petit moment. La première à passer à l’attaque fut la beuglante multicolore, suivie de près par la griffue endormie. Le pas du petit homme s’était fait hésitant après le premier mouvement dans le branchage, puis s’était soudainement accéléré au point de rendre vert de jalousie un coureur professionnel. Par un miracle que Machin ne s’expliquait pas, son invité sans invitation arriva non seulement entier sur le perron, mais en plus, sans aucune morsure. Il en aurait poussé un soupir de déception s’il n’avait pas été aussi bien élevé.

Machin le reconnut tout à coup. Il en vint même à se demander comment il avait pu ne pas faire le rapprochement. Il est vrai qu’il n’avait pas vu le notaire familial depuis un sacré moment, depuis ses sept bougies à vrai dire quand ce même homme – mais avec plus de cheveux et moins de tremblements – était venu annoncer à l’oncle qu’une grand-tante au septième degré venait de rejoindre la Grande Coasseuse et qu’elle lui léguait sa collection de boîtes à chapeau.

— Quel temps frisquet, hein ? dit le notaire en guise de bonjour en entrant sans y avoir été invité.

Il se dirigea droit sur la septième bibliothèque en jacassant à propos de pluies de moustiques et de sécheresses d’escargots. Machin fut très impressionné par la quantité de banalités que le bonhomme arrivait à sortir sans attendre aucune réponse.

— Je vous sers quelque chose ? demanda-t-il pour y couper court.

— Ah ! Bien volontiers !

Il s’était encore plus animé suite à cette proposition.

— Auriez-vous ce petit lait de grenouille que ce cher Hector aimait tant ?

Machin en avait, mais une nouvelle sonnerie à la porte le détourna du service.

En regardant le petit comité tassé contre le fer du portail, il se dit que finalement, la livraison de moustiques, c’était qu’une partie de rigolade. Il aurait d’ailleurs pu laisser croire la maison vide, mais il n’avait pas fait preuve de suffisamment de prudence. Et ce fut avec résignation – et une petite touche d’espoir face à la voracité des plantes – que Machin appuya sur le bouton d’ouverture du portail.

À sa grande déception, les plantes parurent passablement impressionnées par la quantité faramineuse de pieds foulant leurs délicates racines. Une mordante à épines tenta bien une sortie en force, mais se rétracta rapidement en voyant que ses congénères la laissaient faire le sale boulot. Machin trembla intérieurement en pensant à la revanche que prendraient les mordantes bafouées une fois que la victime serait seule. Et bizarrement, il ne doutait pas un instant que la victime, ça serait lui.

Mais en attendant, il fallait afficher une mine affligée. Oui, c’était de circonstance.

Attardons-nous un moment sur cette famille. Au premier coup d’œil, rien de particulier – deux bras, deux jambes (sauf le grand-oncle au quatorzième degré Albert qui avait perdu une partie de son bras gauche et qui n’arrivait plus à mettre la main dessus), une tête à l’expression forcément larmoyante. Parce que, oui, qu’est-ce qu’on l’aimait ce cher oncle Herbert… Hector ? Mais oui, parfaitement. Et les vacances au ski, et l’ascension de la Coline Sans Sommet, et les biscuits de tatie Suzette… Et l’héritage se profilant à l’horizon, rajouta intérieurement Machin.

Ledit héritage devait quand même être un sacré morceau pour rameuter aussi rapidement les troupes. Machin n’en connaissait pas les neuf dixièmes. Et pour le dixième restant, il se demandait s’il les connaissait parce qu’ils avaient bel et bien un lien de parenté avec l’oncle, ou parce qu’ils allaient chez le même coiffeur. Pour résumer, le notaire et son lait de grenouille furent bien vite oubliés.

Les mines sombres, ça, c’était un sacré spectacle. Partout. La maison qui n’avait pas vu pareil rassemblement depuis des décennies, aurait pu prendre peur, si elle ne s’était pas sue protégée par toute une armée de mordantes et autres tuantes. Machin allait de l’un à l’autre, recevait des condoléances et des histoires mettant en scène ce cher oncle.

Il s’était d’ailleurs déniché un passe-temps – trouver le degré de parenté le plus éloigné et donc le parent le plus opportuniste. Jusqu’à présent, c’était un petit-neveu au soixante-dix-septième degré, Filibert, qui remportait la palme.

Un léger toussotement se fit soudain entendre dans son dos. Le notaire – fatigué d’attendre ce lait de grenouille qui ne venait pas – était sorti voir de quoi il en retournait. Machin vit son regard s’allumer de manière plutôt alarmante.

— Parfait !

Il se retint d’applaudir et se contenta de sautiller d’une jambe sur l’autre.

— Tout le monde est là ! s’exclama-t-il comme si c’était la chose la plus merveilleuse au monde. On peut commencer.

Par « commencer », il voulait dire se mettre à la lecture de tout un tas de choses qui auraient pu paraître amusantes si l’assistance ne s’était pas lancée dans un concours de bâillements. Elle ne fut en rien sensible aux tentatives d’humour du notaire – qui, en fin de compte, laissaient pas mal à désirer – et ne s’anima que quand il fut question de l’héritage.

— Hum… voyons voir, ronronna le notaire devant la petite douzaine de feuilles du testament. Alors, alors… À mon très cher cousin Herbert qui pensait que ses visites annuelles suffiraient, je lègue ma collection de papillons venimeux séchés de la Face Mouillée ; prends-en soin, au contact de la poussière, ils peuvent revenir à la vie ; si tel était le cas, prie pour qu’ils n’apprennent pas que tu es celui qui les a tenus sous verre, ils sont très rancuniers.

S’ensuivit une liste longue comme ça de diverses babioles plus ou moins dangereuses pour l’intégrité de leur heureux acquéreur. Machin retint un bâillement quarante-sept fois, bâilla trente-deux fois et se réveilla en sursaut vingt-quatre petites fois. Quand la foule s’anima, il comprit que le notaire arrivait à la fin et donc approchait des choses intéressantes.

— À mon neveu Machin pour toutes les frayeurs qu’il a vécues sans broncher ces quelques années, je lègue le manoir et le parc…

La foule se renfrogna.

— … à une condition bien sûr…

Regain d’intérêt dans l’assistance.

— … celle de ne pas débroussailler le jardin ; laisse-le comme je l’ai toujours voulu et plutôt que de redouter les plantes, apprends à les connaître ; ce sont des êtres sensibles et cultivés.

Cette fois, ce fut au tour de Machin de se renfrogner. Il se serait fait une joie de se débarrasser de toutes ces saloperies qui avaient la prétention de se faire appeler « plantes ».

— À mon petit-neveu Filibert qui s’est toujours montré l’âme d’un entrepreneur (même quand il s’agissait de vendre ses pâtés de sable à ses camarades de jeu), je lègue le Grand Marécage ; prends soin de mes grenouilles, sinon je pourrais très bien revenir te hanter.

Le notaire s’essuya le front et souffla. La foule, elle, ne semblait avoir aucune envie de vider les lieux et Machin dût jouer de toute son autorité – inexistante, hélas – pour lui faire comprendre qu’il n’y aurait pas de buffet à volonté. Quand enfin il referma la porte sur le dernier pique-assiette, il put souffler. Mais une main se posa aussitôt sur son épaule.

— J’ai failli oublier, entendit-il avant de voir la face hilare du notaire.

Il lui tendit une lettre.

— De la part de votre oncle, dit-il avant de sortir à son tour.

Machin l’ouvrit, la déplia et en lut les premières lignes.

Mon très cher Machin,

Et si nous parlions de la Septième Face ?

Et il y en avait encore sept pages.


Merci d’avoir suivi ce deuxième chapitre et à demain pour la suite smile

Fantasy burlesque 21 novembre 2015

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3 pensées sur “La Septième Face – Jour 2”

    1. Svetlana dit :

      Et ce n’est que le début, haha xD

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