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La Septième Face – Jour 3

Salut à tous ! smile

A l’occasion de la sortie très prochaine de La Septième Face 1, je vous propose de découvrir le troisième chapitre. Gaffe, il peut faire fuir le cerveau mrgreen

Bonne lecture !


L’obsession de l’oncle l’aura suivi même dans la tombe, pensa Machin en louchant sur les sept pages recouvertes d’une écriture en pattes de mouche. Qu’on ne s’y trompe pas, Machin aimait l’oncle, il l’idolâtrait même. Mais la légende de la Septième Face l’avait toujours fait décrocher.

Du coup, pour être certain que son esprit n’irait pas vagabonder dans de verts marécages, il décida de lire la lettre à voix haute, dans l’espoir que le son de sa propre voix l’empêcherait de piquer du nez.

Il reprit.

Mon très cher Machin,

Et si nous parlions de la Septième Face ?

Ah oui, avant que je n’oublie les banalités de rigueur – si tu lis cette lettre, c’est que probablement la Grande Coasseuse m’a déjà rappelé à elle. J’espère que cette perte t’affligera quand même un peu et surtout que ma sortie ne sera pas trop ratée. J’ai toujours craint de mourir dans un bête accident de brique voyageuse choisissant mon crâne comme point de chute.

Machin arrêta sa lecture en se demandant si tomber de l’échelle de sa propre bibliothèque et rester suspendu par un pied était ce que l’oncle considérait comme une mort stupide. Après sept bonnes minutes passées à peser le pour et le contre, il en vint à la conclusion que c’était quand même bien plus classe que de se recevoir une brique.

Oui, les briques ne m’ont jamais porté dans leur cœur. Je me souviens encore de ce terrible hiver bien avant ta naissance, où une plaque de verglas m’a probablement sauvé la vie. Si je n’avais pas glissé et, par conséquent, si je ne m’étais pas retrouvé à sept mètres de là où je devais me trouver, tu n’aurais jamais entendu parler ni de moi ni de ce merveilleux Marécage dont l’idée m’est venue au moment où j’ai vu ma vie défiler devant mes yeux. Mais il est aussi possible que sans cette plaque de verglas, ta mère – ma sœur – aurait pu vivre assez longtemps pour te voir te sauver après avoir volé les pommes de ce cher voisin.

Possible… Mais pas certain.

Machin fronça les sourcils. Ça commençait à devenir vaguement intéressant.

Aha, je pense avoir réussi à t’intéresser. Je me trompe ?

Eh oui, ta mère est bien liée à toute cette histoire. D’une manière quelque peu détournée, je te l’accorde, mais liée tout de même. Comment ? C’est une longue histoire qui a commencé avec la création du Marécage.

D’ailleurs, parlons-en du Marécage !

Il reconnaissait bien l’oncle, toujours à partir dans tous les sens sans se soucier de perdre son interlocuteur.

Comme je te l’ai dit, son idée m’est venue au moment de l’incident avec le verglas et la brique en chute libre. À cette époque, notre Face n’était encore réputée pour rien du tout. Elle était bien moins attractive que la Face Désertique, c’est dire. Pour la création du Marécage, il a fallu des années et des années de négociations. Mais le plus dur a été de trouver les grenouilles.

Ça peut paraître anecdotique à présent, mais à cette époque-là, les grenouilles ne coassaient pas. Elles subissaient leur sort d’animal sacré en silence. Trop habituées à attirer les foules dès qu’elles ouvraient la bouche, elles avaient fait leur choix. Entre vivre tranquillement dans une mare et trôner dans un aquarium pour coasser à la demande, il n’y avait pas à hésiter. Le silence était de mise.

Mais ce silence ne rendait pas les recherches faciles. Cependant, une fois quelques-unes rassemblées et convaincues qu’elles pouvaient coasser librement, le Cube connut la plus grande migration de grenouilles de toute son histoire. Les chères bestioles s’étaient passé le mot et en quelques mois, une quantité phénoménale de grenouilles avait investi les lieux.

Je m’égare. Mais pour bien remettre les choses dans leur contexte, ces détails sont nécessaires.

Machin poussa un soupir et se versa un verre d’eau avant de poursuivre sa lecture.

Ce voyage à travers toutes les autres cinq Faces, nous l’avons effectué avec ta mère. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle a connu ton père. À ce moment-là, il vendait divers bibelots inutiles sur la Face Sans Soleil. Je n’ai jamais su si c’était par amour pour elle ou pour échapper à sa Face natale qu’il nous avait suivis. Dans le doute, mettons ça sur le compte de l’amour.

Pendant plus d’une année, nous avons traversé le Cube en long, en large et en travers. Nous savions que nous ne pourrions pas ramener toutes les variétés de grenouilles. Mais comme on dit – qui ne tente rien n’a rien. Les grenouilles ne sont toutefois pas la seule chose que nous avons ramenée du voyage.

Il fit une pause dans sa lecture, pas parce qu’il était fatigué – ce qui allait de soi –, mais parce qu’il savait que l’oncle aurait ménagé une pause théâtrale, histoire d’emmener son interlocuteur à demander « C’était quoi ? » pour vérifier que celui-ci suivait toujours. Mais l’oncle n’était pas là, il ne poussa pas le vice jusqu’à poser la question à une feuille de papier. Ça aurait fait mauvais genre. Après cet arrêt d’un peu plus d’une minute, il reprit.

Je savais que tu allais poser la question. C’est pourquoi j’en viens à la légende de la Septième Face. Je sais que tu es en train de lever les yeux au ciel. Je vais te demander de les redescendre sur-le-champ !

Machin, pris en faute, n’eut d’autre alternative que de s’exécuter.

Bien. Je disais donc – la légende de la Septième Face. Comme je sais que tu n’as jamais prêté attention à mes enseignements, je vais te rafraîchir la mémoire. Et inutile de soupirer.

Selon les lois les plus élémentaires, tout le monde sait que le Cube, comme n’importe quel cube, est constitué de six Faces. Personne ne sait ce qui a valu au Cube cette morphologie si particulière – la Grande Coasseuse avait sans doute son idée là-dessus –, mais les faits sont là. Six Faces et pas une de plus. Et c’est là que les choses intéressantes commencent. À travers tout un tas de documents que j’ai récoltés pendant des années et dont je te passe les détails, il y a tout un mystère planant autour du chiffre sept.

C’est dans l’un de ces parchemins que j’ai retrouvé le texte complet de la légende, et non une pâle copie comme on en trouve à la volée de nos jours. Il m’a fallu plusieurs mois pour tout déchiffrer, mon vieux cubique laissait un peu à désirer. Mais les faits sont là – j’ai réussi et je ne suis pas peu fier d’y être parvenu !

Ça, Machin l’aurait compris sans la précision de ce cher oncle. Mais bon, là où il était, il n’avait plus à surveiller ses chevilles.

La légende parle de l’existence d’une Septième Face du Cube, une Face invisible aux simples mortels et quasiment inaccessible. C’est une Face non soumise aux lois régnant ici-bas, une Face où tout devient possible, même le plus impossible. Certains l’ont assimilée au Paradis, mais ils se trompent. On ne file pas droit vers la Septième Face dès que le corps commence à refroidir. Si on y arrive, ce n’est qu’en vie. Elle est partout et nulle part à la fois. Et avec ta mère, nous avons trouvé un moyen de nous y rendre.

Te connaissant, je suis à peu près certain que tu es en train de lire à voix haute. Tu sais, ça ne te semblerait pas aussi ennuyeux si tu prenais la peine de te pencher davantage sur la question – ma bibliothèque est tienne à présent. Mais ce que je voulais surtout dire, c’est – baisse d’un ton, nom de nom ! Et vérifie la fenêtre !

Machin se tut. C’était bizarre comme impression, comme si l’oncle était encore là et qu’il savait tout ce qu’il faisait. Il secoua la tête – il ne croyait pas aux fantômes. Mais il poursuivit sa lecture silencieusement, sans toutefois vérifier la fenêtre grande ouverte. Il aurait dû, l’oncle avait un excellent jugement, même en étant mort. Une paire d’oreilles, pile dans le bac à fleurs, en aurait grogné de dépit.

La paire d’oreilles ne se promenait d’ailleurs pas toute seule, mais se trouvait bel et bien de part et d’autre de la tête de son propriétaire. Une description ? Non, taisons ces détails pour le moment.

Et pendant ce temps, Machin avait repris sa lecture à voix basse.

Si je te parle de tout ça, ce n’est pas tellement pour que tu le relègues dans un coin de ton esprit afin d’exploiter ces informations dans un avenir lointain, mais parce que j’ai une mission à te confier. En effet, si cette lettre t’est parvenue, c’est que je n’ai pas eu le temps de finaliser mon rêve et d’atteindre la Septième Face. Oui, parce que découvrir la marche à suivre était une chose, mais arriver jusqu’à la Face, une tout autre.

Avec ma très chère sœur, nous avons réussi à rassembler toutes les pièces du puzzle. Ce qui nous a manqué, à l’un comme à l’autre, c’est le temps.

Ce voyage à travers le Cube a été un premier un pas dans la découverte des Clefs. Les Clefs, ce ne sont que les détenteurs de la légende originelle qui en connaissent l’existence. Autant te dire qu’il n’y en a pas beaucoup. Bref, tu l’as compris – ma dernière volonté est que tu retrouves ce que j’ai passé des années à étudier. Et tu sais évidemment qu’il ne faut jamais contrarier la dernière volonté d’un mourant – ou d’un mort, dans mon cas. Tiens, regarde ce qui est arrivé à Herbert qui a fait fi de la dernière volonté de la tante Marse. Convaincu ?

— Arg ! fit Machin.

Les oreilles sous la fenêtre se redressèrent, mais les sourcils retombèrent aussitôt. Ce n’était qu’une fausse alerte.

Si Machin avait donné de la voix, c’était pour la bonne et simple raison qu’il ne se souvenait que trop bien d’Herbert et de son bras perdu parce qu’il n’avait pas voulu rempoter les hurlantes à rayures de la grand-tante Marse. Grave erreur, c’était là sa dernière volonté. Et l’oncle savait parfaitement que cette histoire avait toujours fichu la trouille à Machin. Il ne voyait pas comment contourner cette volonté. Mais partir en quête d’une légende qui lui avait toujours paru farfelue lui faisait dresser les cheveux sur la nuque.

— Aaarg ! fit de nouveau Machin en réalisant qu’il n’avait aucun moyen de déserter, l’oncle avait trop bien calculé son coup.

Maintenant que tu as pesé les pour et les contre, et que tu es enfin convaincu que la légende n’attend que toi, passons aux détails.

Sur la Face Presque Sombre, nous avons mis la main sur un étrange coffret. Les runes correspondaient à celles du parchemin trouvé peu avant notre tour du Cube. Et c’est là que le déclic s’est fait. Ce qu’on avait vu comme des enluminures, autour du texte en vieux cubique, c’était en fait les indications. Ce coffret était hermétiquement fermé et tout ce qu’on a pu tenter pour l’ouvrir n’a mené qu’à un échec. On a fini par comprendre que c’était les runes disposées aux six coins du parchemin qui étaient la clef. Mais elles ne marchaient pas. Enfin non, pas exactement. Sur la Face Presque Sombre, une des six combinaisons a marché. Le Coffret s’est ouvert. Il ne contenait rien à part un champignon blême passablement vénéneux. Mais le pire, c’est qu’on n’a pas pu le sortir. À chaque fois qu’on essayait, quelque chose se passait pour nous distraire. Finalement, nous avons renoncé à cette activité inutile, refermé le Coffret et l’avons rangé au fin fond du sac pour ne le ressortir qu’une fois de retour sur notre bonne vieille Face à l’Envers.

Quelle n’a été notre surprise quand le code n’a pas marché ! Il nous vint à l’idée de retenter les cinq autres. Et comme par miracle, l’un d’entre eux a fonctionné. Mais cette fois, ce ne fut pas un champignon que nous avons vu, mais un nénuphar avec une grenouille assise dessus.

Je me suis pas mal cassé la tête à chercher les raisons pour lesquelles le Coffret ne réagissait pas tout le temps de la même manière, quand je compris que c’était justement au lieu qu’il réagissait. Quant aux divers objets apparaissant en son sein, il a fallu que je tombe sur un nouveau manuscrit pour en comprendre la finalité.

J’espère que tu as bien suivi mon conseil et cessé la lecture à voix haute, mais la fenêtre m’a toujours l’air ouverte. Je sais que tu aimes avoir une vue imprenable sur les plantes du parc, mais je vais te demander un dernier petit effort. Ferme cette fichue fenêtre et ne m’oblige pas à le répéter !

Machin renifla dédaigneusement, mais n’osa pas aller contre la volonté de l’oncle. Il se leva et s’approcha de la fenêtre. L’oncle avait raison – il aimait avoir une vue sur le parc et ses plantes qui paraissaient inoffensives jusqu’à l’insolence vues d’ici. À contrecœur, il repoussa le bois du cadre, ce qui fit enrager les oreilles indiscrètes.

Le principe est très simple. Sur chaque Face du Cube, une combinaison ouvre le Coffret, et à chaque fois, un objet apparaît. Cet objet n’est rien d’autre qu’un indice, un indice supposé te guider vers le lieu où se trouve la Clef.

En rassemblant les six Clefs et en les insérant dans les serrures du Coffret, s’ouvre le passage vers la Septième Face. Le souci, c’est que les Clefs ne durent que soixante-dix-sept jours et que passé ce délai, elles disparaissent. Par conséquent, elles doivent être impérativement trouvées pendant ce laps de temps.

Au moment de les insérer, il faut que tu te trouves sur la Face sur laquelle tout à débuté, donc ici même.

Tu trouveras le Coffret, le parchemin et quelques notes dans mon secrétaire dont la combinaison est 712419037641.

Bonne chance !

P.-S. : Détruis cette lettre une fois le secrétaire ouvert !

Machin poussa un long, très long soupir. Son plan pour vivre tranquille se retrouvait fortement compromis.


Merci d’avoir suivi ce troisième chapitre et à demain pour la sortie du roman :D

Fantasy burlesque 21 novembre 2015

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