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Meurtres à l’agrafeuse – Jour 4 – Incohérences

A l’occasion de la sortie de Comment j’ai tué sept personnes avec une agrafeuse le 4 juillet prochain, je vous propose un petit aperçu du début de l’histoire :)

Du 29 juin au 3 juillet, vous pourrez donc découvrir chaque jour un nouveau petit chapitron du roman.

Bonne découverte bigsmile

 


Incohérences

 

— Ah, monsieur le détective, vous tombez bien. Je viens juste de finir mes autopsies. Je suis assez étonnée.

— Ah ?

— Oui, c’est très étrange.

— Vous ne voulez pas développer ?

— Disons que ça ne colle pas tellement avec ce que votre suspect vous a raconté.

— Techniquement, il ne m’a encore rien raconté.

— Mais il vous a parlé d’une agrafeuse, pas vrai ?

— De l’agrafeuse, oui.

— Ça ne colle pas.

— Non, ça agrafe.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. La théorie de l’agrafeuse, elle ne correspond pas à ce que j’ai sous les yeux.

— Et ce que vous avez sous les yeux, c’est… ?

— Rien de définitif encore. Mais si je devais supposer, je dirais que les victimes ont été poignardées.

— Poignardées ?

— C’est ça.

— Mais alors, pourquoi il a parlé d’agrafeuse ?

— Aucune idée. Vous êtes mieux placé que moi pour le découvrir.

— Vous avez sûrement raison.

— Il a révélé quelque chose ? Le suspect, je veux dire.

— Il a beaucoup parlé, mais il n’a encore rien dit.

— Encore une affaire qui va traîner, on dirait.

— J’aurais tellement voulu éviter ça.

— Et moi donc. La dernière fois, mes frigos sont tombés en panne et c’est devenu vraiment moche.

— Ne m’en parlez pas, j’en ai encore des sueurs froides.

— D’autant plus que le meurtrier court toujours.

— Je ne suis pas sûr qu’il court vraiment.

— C’était une image.

— Je sais. Je ne sais pas si je vous l’avais dit, on avait découvert que le meurtrier claudiquait.

— Ah oui ?

— Et si j’en crois notre brigade de psychologues, c’est pour ça qu’il s’amusait à tuer tous les joggeurs qui croisaient sa route.

— C’est moche.

— Assez. Mais ça ne l’a pas empêché de se cacher bien comme il faut.

— Donc il peut encore réapparaître.

— Il l’a fait. Mais pas ici. J’ai reçu une missive d’un collègue de Rougeforêt qui a eu un cas assez semblable.

— Oh, il aurait déménagé.

— C’est ce que je pense.

— C’est futé. Mais vous, vous ne voulez pas aller l’attraper ?

— J’y ai pensé. Mais Rougeforêt, c’est tout sauf mon secteur.

— Peut-être qu’ils vous feraient une dérogation.

— À vrai dire, je ne suis pas certain de vouloir revivre ça. Il ne faisait pas tellement dans la dentelle. Et puis, le collègue de Rougeforêt est bien assez compétent pour se débrouiller avec lui.

— Si vous le dites.

— Mais revenons plutôt à notre meurtre à l’agrafeuse.

— À votre guise.

— L’heure de la mort correspond à ce qu’il a dit ?

— L’heure, oui. C’est le reste qui ne va pas du tout.

— Pourquoi il aurait menti sur l’arme du crime alors qu’il est venu se rendre ?

— Peut-être qu’il voulait embellir la chose.

— Embellir ? Vous trouvez ça mieux de tuer du monde avec une agrafeuse qu’avec un couteau ?

— Mieux, tout est relatif. Déjà, il ne me viendrait pas à l’esprit de tuer du monde.

— Non, mais si vous étiez un psychopathe en manque de sang.

— Je vous avoue que je n’ai pas ce genre de fantasmes.

— Essayez d’imaginer. Vous avez décidé de tuer tous vos collègues, vous avez ramené un couteau à steak de chez vous et…

— C’est gore, ce que vous voulez me faire imaginer.

— Bon, peut-être pas un couteau à steak. Peut-être juste un coupe-papier.

— C’est mieux.

— Un collègue vous fait une remarque de trop, vous saisissez le coupe-papier et vous frappez. Et comme les collègues autour commencent à paniquer, vous vous jetez aussi sur eux. Puis, l’esprit confus, vous filez au premier poste de police que vous trouvez et vous avouez tout.

— En mentant sur l’arme du crime.

— En mentant sur l’arme du crime. Pourquoi ?

— Si c’est un coupe-papier, on reste dans la thématique des fournitures de bureau.

— C’est vrai. Peut-être qu’il a confondu.

— Ou peut-être que tout ça, c’est juste un traumatisme d’enfance.

— Un traumatisme d’enfance ?

— Mettons qu’à l’école, on lui piquait ses crayons.

— On lui piquait ses crayons, du coup il a tué sept personnes avec un coupe-papier ?

— C’est ça.

— Ça ne serait pas le premier cas de ce genre.

— Ça serait quand même un peu horrible. D’autant plus qu’il a passé ses nerfs pas vraiment sur ceux qui lui ont rendu la vie dure à l’école.

— Peut-être qu’il travaillait pour eux.

— Si c’est le cas, il aurait vraiment eu de quoi péter les plombs.

— Non…

— Détective ?

— Non, je me disais que ça ne tient pas vraiment debout comme théorie.

— Pourquoi ?

— Parce que…

— Ne sous-estimez pas les traumatismes d’enfance.

— Non, mais même s’il y a un traumatisme. Pourquoi il aurait parlé d’une agrafeuse ? En plus, je ne pense pas qu’il soit idiot, il aurait réalisé qu’on verrait ça de suite que l’arme du crime est tout autre.

— Peut-être qu’il a paniqué.

— Il n’a pas paniqué. Il était tout tranquille quand il est rentré ici. Le stagiaire de l’accueil m’a dit qu’il pensait qu’il était venu vendre des cactus en pot tellement il était calme.

— L’état de choc peut prendre différentes formes.

— Peut-être…

— Mais vous savez, le plus simple reste d’aller lui parler.

— Je sais… Seulement, vous n’avez pas vu l’énergumène.

— Bah, c’est un tueur. Je n’ai jamais été très à l’aise avec ce genre d’individus.

— Ah non, mais ce n’est pas le côté tueur qui me dérange. Outre leurs côtés un peu extrêmes, ils peuvent être très intéressants.

— Quoi alors ?

— Eh bien… Il parle. Beaucoup.

— Il parle ? C’est une bonne chose, non ?

— Ça serait une bonne chose s’il racontait ce qu’il avait fait.

— Qu’est-ce qu’il dit alors ?

— Des choses sans intérêt. Et là, il s’est mis en tête de me raconter toute sa biographie avant de me dire pourquoi il les a tués.

— Vous n’avez vraiment pas de chance avec vos affaires.

— Je ne vous le fais pas dire.

— Je suis sûre que c’est juste un mauvais moment à passer.

— Vous avez sûrement raison… Allez, j’y retourne. Souhaitez-moi bonne chance…

Merci d’avoir suivi ce chapitron et à demain pour la suite !

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