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Meurtres à l’agrafeuse – Jour 2 – Nettoyage

A l’occasion de la sortie de Comment j’ai tué sept personnes avec une agrafeuse le 4 juillet prochain, je vous propose un petit aperçu du début de l’histoire :)

Du 29 juin au 3 juillet, vous pourrez donc découvrir chaque jour un nouveau petit chapitron du roman.

Bonne découverte bigsmile

 


Nettoyage

 

— Et donc vous, vous nettoyez ?

— Hum ?

— Bah, avec votre balai, là.

— Bah oui, je nettoie.

— Mais je croyais que c’était en dehors des heures de travail.

— Comment ça ?

— Eh bien, c’est que je suis un peu censé attendre le détective ici.

— Et ?

— Et je suis un peu un suspect.

— Et ?

— Et je ne suis pas sûr que ça ne serait bien de me voir communiquer avec un technicien de surface.

— Le fait est que je m’en fiche un peu de vous et de la mémé que vous avez cambriolée dans la rue.

— Une mémé. Si seulement…

— Quoi, ce n’était pas une mémé ?

— Pas tellement. Mais ça ne vous intéresse pas, je ne vais pas vous embêter avec ça.

— À votre guise.

— Et le détective ? Vous savez quand il viendra ici ? Parce qu’il m’a juste mis dans cette salle d’interrogatoire et il est parti.

— Parti où ?

— Je n’en sais rien, moi. Peut-être vérifier mon histoire sur le lieu du crime.

— Le lieu du crime ?

— Oui. Enfin, ce n’est pas important.

— Si vous le dites.

— Et du coup, le détective, vous n’avez pas une idée ?

— Non. Les horaires du détective, je m’en fiche un peu, à vrai dire.

— C’est dommage. C’est un peu triste par ici.

— En même temps, c’est une salle d’interrogation, pas un spa.

— Oui, vous avez raison. Mais je pensais que les gens montreraient quand même un peu plus d’intérêt. Ce n’est pas comme si j’étais venu leur vendre du popcorn.

— Peut-être qu’ils vous auraient montré plus d’intérêt avec le popcorn.

— Vous croyez ? J’aurais peut-être dû adopter cette technique alors.

— Ça aurait été plus distrayant.

— En même temps, je ne cherchais pas à me montrer distrayant.

— C’est une bonne chose.

— Et ça fait longtemps que vous travaillez ici ?

— Trente piges.

— Ah oui, un petit moment. Et ça vous plaît ? Oh, excusez-moi, ce ne sont pas vraiment mes oignons.

— Oh, vous savez, je n’ai pas souvent l’occasion de parler avec les prisonniers. Et les flics, bah, ils n’aiment pas parler de choses intéressantes. On dirait que tout ce qu’ils ont à l’esprit, c’est arrêter les criminels.

— C’est fâcheux. Et donc, vous avez atterri comment ici ?

— Par passion, figurez-vous.

— Vraiment ?

— Oui. J’ai toujours aimé que les choses soient propres. Et vous ne pouvez pas savoir quelle satisfaction ça procure, de rendre nickel une salle d’interrogation remplie de sang.

— Ah oui, les interrogatoires musclés. J’en ai entendu parler.

— Oh, il ne faut pas exagérer. Ils ne sont pas si musclés que ça.

— Mais s’il y a du sang partout…

— Non, mais c’est sûr, le sang, ça impressionne, mais ce n’est pas non plus si terrible.

— Si vous le dites.

— D’ailleurs, la plupart du temps, les interrogateurs n’en viennent même pas là. C’est vraiment des cas extrêmes.

— J’avoue, vous me rassurez un peu.

— Ah oui, votre interrogation est encore à venir. Pas trop le trac ?

— Un peu, je vous avoue. C’est surtout l’attente qui le cause, je pense. Tant qu’on reste dans le feu de l’action, on n’a pas tellement le temps de s’interroger là-dessus.

— Je vois ce que vous voulez dire. Par exemple, pas plus tard qu’hier, j’avais un couloir à nettoyer. Apparemment, des prisonniers s’y sont battus et c’est devenu assez moche. Alors, moi, j’étais parti pour tout nettoyer de fond en comble. J’étais bien lancé et tout. Et tout à coup, un lieutenant m’a appelé pour discuter de mon évolution de carrière. Et là, quand je suis revenu dans le couloir, j’ai vu tout ce qu’il restait à faire et j’ai eu un coup de stress.

— C’est une jolie histoire. Qui n’illustre pas grand-chose. Mais jolie quand même.

— Tout ça pour dire que je vous comprends.

— C’est gentil. Et la promotion, vous l’avez eue ?

— Pas vraiment. Le lieutenant m’a juste dit que les salles d’interrogatoire n’étaient pas toujours assez bien nettoyées.

— Oh.

— Comme vous dites. Peut-être que c’était lié à ça, le coup de stress.

— Bien possible. Et sinon, vous ne savez vraiment pas quand le détective sera là ? Il aurait quand même pu me le dire avant de partir.

— Il est parti quand ?

— Je ne sais pas. Ça fait peut-être dix minutes.

— Et votre scène du crime, elle est loin ?

— Une petite quinzaine de bornes.

— Ah bah, laissez-lui un peu de temps. Déjà, il y a l’aller-retour. Puis, l’examen de la scène.

— Donc je suis peut-être là pour un moment.

— En même temps, si vous êtes un suspect dans une affaire, vous allez être là pour un moment.

— Suspect ? Ah non, c’est moi qui ai tout fait.

— Tout ? Vous avez déjà avoué ?

— C’est que je suis un peu venu me rendre.

— Tout seul ?

— Bah oui. J’avais la conscience qui me rongeait.

— Ah, dans ce cas…

— Vous n’auriez pas fait ça, vous ? Je ne suis pas un expert, c’est seulement ma première fois.

— Non, mais si la conscience ne vous laissait pas tranquille, c’est une autre histoire. Mais en général, les responsables laissent la flicaille chercher un peu. Histoire de se donner des sensations fortes, comprenez ? Et puis, les flics aussi, ils préfèrent quand c’est eux qui vous attrapent. Ça leur donne l’impression d’avoir résolu un puzzle et tout.

— Intéressant. Voyez, je n’y aurais jamais pensé. Du coup, j’ai un peu foiré mon effet.

— Oh, ce n’est rien. Vous saurez pour l’avenir.

— En tout cas, c’est très gentil à vous de m’avoir raconté tout ça.

— Ce n’est rien, vraiment. C’est tellement rare de tomber sur des gens civilisés.

— Oh, vous me flattez.

— Et sinon, vous avez fait quoi, au juste ?

— Ça ne va pas vous ennuyer, vous êtes sûr ?

— Vous savez, j’ai quand même un peu de temps devant moi.

— Eh bien, j’ai tué sept personnes.

— Sept personnes ?

— Oui. Si vous voulez partir, je ne vous en voudrai pas.

— Oh non, ce n’est pas ça.

— Quoi alors ?

— Eh bien… Non, ça va vous paraître bizarre.

— Dites toujours.

— Disons qu’à force de nettoyer le sang des murs, je me suis demandé ce que ça ferait de l’y répandre.

— Ah ça, je ne saurais pas trop vous renseigner.

— Oh, dommage. En tout cas, c’était un plaisir de discuter avec vous. Je repasserai quand j’aurai un moment de libre, si vous voulez.

— Avec plaisir.

Merci d’avoir suivi ce début et à demain pour la suite !

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