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Meurtres à l’agrafeuse – Jour 1 – Confession

41A l’occasion de la sortie de Comment j’ai tué sept personnes avec une agrafeuse le 4 juillet prochain, je vous propose un petit aperçu du début de l’histoire :)

Du 29 juin au 3 juillet, vous pourrez donc découvrir chaque jour un nouveau petit chapitron du roman.

Bonne découverte bigsmile

 


Confession

— Bonjour. Que puis-je pour vous ?

— Je viens me rendre.

— Vous rendre ?

— Eh bien, oui. C’est bien un poste de police ici ?

— Ça l’est. Mais il va me falloir plus de détails.

— Des détails ? Je viens me rendre, je vous dis.

— J’ai compris, oui. Mais pourquoi ?

— Sans raison. J’étais dans le coin et je me suis dit que je passerais bien les vingt prochaines années en prison.

— Pardon ?

— Je plaisantais. Je viens me rendre parce que j’ai commis un crime.

— Vous pouvez détailler ?

— Je peux. Mais ça peut vite devenir assez pénible, aussi bien pour vous que pour moi.

— Je ne peux pas vous arrêter si vous ne me dites pas ce que vous avez fait.

— Je vous aurais prévenu.

— Qu’est-ce que vous avez fait ?

— Vous savez, vous ne devriez pas vous énerver comme ça. Il y a votre grosse veine, là, au cou, qui palpite bizarrement.

— Laissez donc mes veines tranquilles et dites-moi ce que vous avez fait !

— Vous avez de quoi noter ?

— Ça devient pénible, vraiment.

— Oh, ça va, je me renseigne.

— Et donc.

— Et donc… Vous auriez l’heure ?

— Midi.

— Déjà ?

— Déjà.

— Le temps file. Quand je les ai quittés, c’était à peine dix heures. Ce n’était pas vraiment joli à voir, si vous voulez mon avis.

— Quand vous les avez quittés ? Quand vous avez quitté qui ?

— Les cadavres.

— Les cadavres ?!

— C’est ce que je viens de vous dire.

— Les cadavres de qui ?

— Vous savez, c’est vraiment une très longue histoire. Vous n’auriez pas un verre d’eau ?

— Non.

— C’est dommage qui vous vous braquiez comme ça.

— Les cadavres de qui ?

— De gens. Vous ne les connaissez pas, de toute façon. Enfin, j’espère pour vous.

— Donnez-moi les noms !

— Ah, je vous ai donc intéressé.

— Les noms !

— Ils ne vous serviront à rien.

— Dites-moi au moins combien il y a de cadavres !

— À vue de nez, une petite septaine.

— Sept cadavres ?!

— C’est ça. Franchement, ce n’était pas un spectacle des plus ragoûtants.

— Mais… attendez, on reprend.

— Vous n’êtes pas très rapide, quand même. Pas étonnant que vous soyez à l’accueil.

— C’est un choix.

— Oui, oui. Répétez-vous ça si ça vous fait plaisir.

— Mais enfin, je suis très content de rester à l’accueil.

— Donc quoi, vous n’avez jamais rêvé d’être un détective ?

— Bon, peut-être une fois ou deux. Mais les détectives finissent tous dépressifs et seuls. Je préfère autant éviter, voyez ?

— Très bien. Je pense de toute façon que vous n’avez pas une tête de détective. Pas le regard assez torturé. Vous, on aurait plutôt envie de vous faire confiance aveuglément. À la réflexion, ça pourrait être une bonne qualité pour un détective.

— Vous croyez ? Parce qu’il y a un concours en interne et… ne changez pas de sujet ! Qui avez-vous tué ?

— Des gens.

— Sept ?

— Sept.

— Des hommes ? Des femmes ?

— Un peu de tout, en fait.

— Et l’arme du crime ?

— Ah ça, vous allez rigoler.

— J’ai comme un doute.

— Mais si. Des armes comme ça, je pense que vous n’en voyez pas passer souvent.

— Quelle arme ?

— Oh, vous avez une jolie collection de bouchons.

— C’est pour le recyclage.

— Je ne savais pas. Mais c’est bien de soutenir des causes. Vous me donnez presque envie.

— Vous devriez. On ne se rend pas compte de la quantité de déchets qu’on laisse traîner.

— C’est sûr. Non, vraiment, vous me semblez quelqu’un de bien.

— Et sinon, l’arme du crime ?

— Non, mais vous allez vous moquer.

— Me moquer de l’arme qui a tué sept personnes ?

— Oui. Je sais, pour un tel carnage, il aurait fallu quelque chose d’un peu classe. Comme une arbalète.

— Parce que vous trouvez que c’est classe de tuer des gens avec une arbalète ?

— Pas tuer les gens avec. Mais une arbalète, ça a quand même plus de prestance que… Non, vous allez rire.

— L’arme du crime !

— Oh, dites, il est joli ce plant de cacahuètes que vous avez là.

— Il pousse bien, hein ? Il y a tout plein de petites feuilles qui commencent à sortir.

— Joli. Moi, je n’ai pas la main verte. Tout ce que je touche, ça meurt.

— D’ailleurs, en parlant de mort. L’arme du crime ?

— C’était… une agrafeuse. Vous êtes content ?

— Vous avez tué sept personnes avec une agrafeuse ?

— Voyez, vous vous moquez déjà.

— Je ne me moque pas. Mais vous avez fait quoi ? Vous avez frappé avec ?

— Frappé avec. Si seulement. Ça aurait été plus simple et plus propre. Non, c’est bien pire.

— Qu’est-ce qui peut être pire ?

— Dites, vous ne voulez vraiment pas m’arrêter ? Ce n’est pas tant que ça ne me plaît pas de discuter avec vous, mais j’ai la conscience qui me ronge. Il faut que je parle à quelqu’un.

— J’appelle le détective de suite. Mais dites-m’en plus sur ces meurtres. Si vous n’avez pas frappé, vous avez fait quoi ?

— Ça, c’est une très longue histoire. Et elle n’est certainement pas adaptée à une discussion dans un couloir plein de courants d’air. J’ai les bronches très fragiles, vous savez.

— Vous avez essayé les inhalations de vapeur de pomme de terre ?

— Et pas qu’un peu. Tous les matins avant de partir travailler.

— Et ce matin, vous l’avez fait aussi ?

— Ce matin, non. Je me suis levé trop tard. D’ailleurs, ça m’a mis en rogne. Je n’aime pas du tout arriver en retard, vous savez.

— C’est pour ça que vous avez craqué ?

— Craqué ? Oh, le mot est un peu fort.

— Vous dites quand même avoir tué sept personnes. Ne me dites pas que vous aviez toute votre tête quand vous avez fait ça.

— Toute ma tête, ça fait longtemps que je ne l’ai plus.

— Donc c’était ça, le déclencheur ?

— L’absence de patates le matin ? Vraiment, vous devriez tenter le concours en interne pour devenir détective.

— Vous croyez ?

— Non. C’est une théorie pathétique.

— Tout de suite… Ah, voilà le détective qui arrive. Allez donc lui raconter vos salades.

— Vous savez, ça ne vous ferait pas de mal d’être un peu aimable.

Merci d’avoir suivi ce début et à demain pour la suite !

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