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Point de fuite – Jour 5

35A l’occasion de la sortie de Point de fuite le 3 janvier prochain, je vous propose un petit aperçu du début de l’histoire :)

Du 30 mars au 3 avril, vous pourrez donc découvrir chaque jour un nouveau petit morceau du roman.

Bonne découverte bigsmile


 

Il la contourna et reprit le chemin là où il l’avait laissé. C’est-à-dire presque au début. Mais apparemment, il n’était pas aussi facile de la semer. Elle le rattrapa immédiatement et ne le lâcha pas d’une semelle. De plus en plus intrigué, il lui lança un coup d’œil, là, juste en bas. Son regard fut alors attiré par la nuque dégagée, encore rougie d’avoir été malmenée. Et ça ne fit que confirmer ses doutes – cette fille était folle à lier.

— Écoute, reprit-il finalement, ne supportant plus sa présence silencieuse, tu…

— Je peux être utile, vous savez.

Décidément, il avait le chic pour tomber sur des cas cliniques.

— Comment tu peux m’être utile ? Là, la seule chose utile qui me vient à l’esprit, c’est de te donner un coup de couteau et de te laisser là dans l’espoir que personne te trouve avant longtemps.

— Non, vous ne feriez pas ça. Vous êtes un voleur, pas un meurtrier.

Il fut bien plus perturbé par son calme qu’il ne voulut l’admettre. Elle lui semblait si commune pourtant, avec ses traits d’une banale régularité et son regard trop direct. Mais l’assurance qu’elle affichait semblait incongrue.

— Je peux vous aider dans… ce que vous faites.

— Et comment tu ferais ça ?

Il savait qu’il n’allait pas s’encombrer d’une fille qui disait attirer la poisse. Il ne manquerait plus que ça. Mais il était curieux.

Elle, elle semblait réfléchir.

— Eh bien, prenez aujourd’hui. Vous n’avez pu vous échapper que grâce à un otage. Sinon, tous les flics seraient déjà à vos trousses.

— Et je regrette cette stupidité depuis déjà un bon quart d’heure.

— Je vous propose donc d’être votre otage, déclara-t-elle le plus sérieusement du monde.

— Mon… Mais t’es vraiment cinglée, ma parole.

— Réfléchissez-y et vous verrez que j’ai raison.

Ça, pour y réfléchir, il y réfléchissait. Il avait beau se dire qu’elle était bonne à enfermer, l’idée était intéressante. Excellente même.

Non, il ne fallait pas qu’il lui cède. Cette fille était folle.

— Admettons, dit-il finalement à contrecœur. Mais toi, t’y gagnes quoi à part quelques sensations fortes ?

— Je vous l’ai dit, reprit-elle d’un air imperturbable. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis que je suis avec vous, ma poisse a l’air de s’être envolée.

Il sourcilla, perplexe. Sa réponse ne collait pas vraiment avec sa conception du vol à main armée.

— Tu veux dire que tu passerais du mauvais côté à cause de… à cause de ta poisse ?

Elle s’arrêta et hocha la tête en le regardant avec le plus grand des sérieux. Il ne put s’empêcher d’éclater de rire. Il la vit se rembrunir, mais il ne pouvait rien y faire – cette situation était des plus ridicules.

— Vous ne savez pas ce que c’est, marmonna-t-elle en levant des yeux emplis de colère vers lui.

Le sourire s’effaça immédiatement de ses lèvres. La physionomie de la fille venait de changer du tout au tout. Elle n’était plus quelconque, elle était unique. Mais toujours cinglée.

— Bon, admettons – j’ai bien dit admettons – que tu viennes avec moi. Ça te gêne pas tout ça ? Je veux dire, ta bonne morale, tu peux la laisser au garage. Je fais pas vraiment dans les œuvres de charité, comme tu l’as vu.

Il la vit sourire, sans doute pour la première fois. Et il eut la mauvaise sensation que cette fille savait qu’elle avait gagné. Ce sourire fut d’ailleurs sa seule réponse.

Le silence s’éternisa et il bifurqua à droite, empruntant un chemin encore plus abandonné, s’enfonçant dans une petite forêt. Puis, le paysage se fit plus clairsemé et ils débouchèrent sur des vergers recouverts de fleurs. Il la vit égarer son regard parmi les branches avant de le reporter sur lui.

— Admettons alors, conclut-elle. On va où ?

Il soupira en se demandant s’il ne faisait pas une énorme connerie. Mais après tout, comme qui disait – qui ne tente rien n’a rien. Cette fille allait lui être utile. Même si ses raisons n’avaient rien à voir avec sa réalité, à lui.

— On rejoint la voiture, finit-il par dire. Au bout de ce chemin. Et après, on se tire de cette ville.

— Pour aller où ?

— Aucune idée. Il suffit juste de pas rester dans le même coin trop longtemps. Le reste, peu importe.

Elle acquiesça et il ne put retenir une fois de plus sa surprise. C’était là son dernier coup pour la décourager. Le commun des mortels aurait hésité à tout laisser derrière et à se tirer avec un parfait étranger dans le couchant.

Il se demanda un moment si elle ne fuyait pas quelque chose. Quelque chose de sérieux. Pas cette histoire de poisse à dormir debout. Quelque chose dont il devrait se méfier.

Mais le seul moyen de le savoir était de voir. Voir et attendre.

Et puis, tant qu’à faire – rentabiliser un peu cette collaboration farfelue.

Merci d’avoir suivi ce début et à demain pour découvrir le roman bigsmile

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