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Point de fuite – Jour 2

32A l’occasion de la sortie de Point de fuite le 3 janvier prochain, je vous propose un petit aperçu du début de l’histoire :)

Du 30 mars au 3 avril, vous pourrez donc découvrir chaque jour un nouveau petit morceau du roman.

Bonne découverte bigsmile


 

Le printemps venait tout juste de s’inviter dans les rues. Les branches des arbres se gonflaient de sève, les fleurs tentaient une timide percée et le vent n’avait plus ce fond gelé propre à la saison froide. Margot aimait le printemps. Tout du moins, elle le préférait à l’hiver. En hiver, il était tellement facile de glisser sur une plaque de verglas.

Ce jour était un lundi et trois heures venaient tout juste de sonner à l’église. Ce jour était aussi celui où Margot passait à l’épicerie à la sortie du travail. Le lundi, elle finissait toujours plus tôt et pouvait ainsi éviter la foule des week-ends. Dans la foule, elle savait que tellement de choses pouvaient mal tourner. Elle poussa la porte du petit magasin et ne fut pas mécontente de le trouver quasiment désert. Les courses aussi suivaient un rituel bien défini. Les produits mis dans le caddie étaient toujours les mêmes, elle savait ce qu’il lui fallait pour la semaine. Bien évidemment, il ne fallait pas oublier de vérifier les dates de péremption ; se retrouver aux urgences à cause de yaourts passés, ça, c’était une expérience qu’elle ne souhaitait pas renouveler.

Puis, venait le passage en caisse et le rangement dans les sacs, véritable tetris pour éviter que des œufs mal calés ne s’échappent du cabas sur le trottoir, éclatent et deviennent aussi glissants qu’une plaque de verglas mal intentionnée.

Sauf que ce lundi-là, elle n’arriva pas jusqu’à la caisse.

Quand elle poussa le chariot dans l’allée centrale de la supérette, son regard fut attiré par un mouvement à sa gauche. Puis, quelqu’un la bouscula et ne prit pas la peine de s’en excuser. Mais contrairement à l’habitude, elle ne perdit pas l’équilibre et n’entraîna pas le rayon des chocolats en poudre dans sa chute. Non, elle se contenta de se cramponner à son chariot pour reprendre sa route.

Mais alors, son regard s’égara sur l’homme qui l’avait percutée et une scène à laquelle elle n’aurait jamais pensé assister se déroula sous ses yeux. Car l’homme en question venait de sortir un couteau de sa poche pour menacer le caissier. Le pauvre marchand semblait complètement pris de court par les évènements et se contentait de fixer bêtement son agresseur.

Ce dernier se tourna alors en direction de Margot. Son visage était caché par l’ombre d’une casquette. Quant au couteau, il parut bien trop aiguisé à la jeune femme. Avec sa veine, ce morceau de métal n’allait pas tarder à se retourner contre elle.

— Viens là, dit l’agresseur très bas, le regard toujours fixé sur Margot depuis l’ombre de sa casquette.

Elle avisa rapidement la porte, hors d’atteinte. Puis le caissier apparemment incapable du moindre mouvement. Et enfin, l’homme qui n’avait rien raté de ses réflexions.

— N’y pense même pas, siffla-t-il.

À part eux trois, le magasin était vide.

Margot lâcha alors le caddie auquel elle se cramponnait toujours et fit un pas en avant. Alors qu’elle s’avançait, elle se dit qu’elle aurait très bien pu attraper une boîte de café soluble et l’envoyer dans la tête de l’homme. Mais elle savait aussi qu’avec ses deux mains gauches, ce geste arriverait à se retourner contre elle. D’une manière ou d’une autre.

Pendant ce temps, le voleur avait dirigé son couteau vers l’épicier.

— Ouvre la caisse.

Cette phrase avait été dite avec le plus grand calme, on aurait presque pu croire qu’il lui donnait l’heure.

— Et dépêche-toi. J’ai pas toute la journée.

Soudain, il pivota vers Margot et elle sentit une main lui saisir la nuque pendant que l’autre passait le couteau sous sa gorge. Elle se demanda comment ses cervicales arrivaient à supporter cette pression. L’homme ne mesurait pas sa force.

Il fit glisser un sac de son épaule et le balança au caissier.

— Mets tout là-dedans.

— Vous…

— Je t’ai pas demandé de commenter.

Margot vit les mains de l’épicier saisies de tremblements incontrôlables glisser les billets dans le sac.

— Referme-le.

Le bruit de la fermeture éclair résonna de manière anormale dans le silence du magasin.

— Toi.

Il accentua la pression du couteau contre la gorge de la jeune femme.

— Prends le sac.

Il fit glisser le couteau dans la manche droite, l’autre main n’ayant toujours pas relâché la pression autour de la nuque. Margot saisit le sac.

— Écoute-moi bien maintenant, reprit l’agresseur en se tournant vers le caissier. Tu appelles les flics, la demoiselle risque de mal finir. Tu voudrais quand même pas qu’il lui arrive des broutilles par ta faute ?

Ce disant, il avait doucement entraîné Margot vers la sortie, puis poussé la porte sans quitter le marchand des yeux.

Une fois à l’air libre, Margot fut très tentée d’attirer l’attention sur eux. Mais après tout, pour ces passants qui les frôlaient sans leur prêter la moindre attention, ils n’étaient qu’un couple enlacé se dirigeant Dieu savait où.

— Pas un mot, lui susurra-t-il à l’oreille. Avance.

Margot tenta de lever les yeux vers lui, ne serait-ce que pour apercevoir son regard, mais la main qui lui maintenait la nuque avait une sacrée poigne et elle ne réussit qu’à provoquer un mouvement d’impatience chez l’homme.

— Tu sais conduire ?

— Oui.

— Bien, monte dans cette voiture.

Il lui désignait un tas de ferraille grise garé à quelques pas. Elle hésita et se demanda pourquoi elle avait répondu par l’affirmative. Et puis, elle se rappela ses heures de conduite avec le moniteur.

Margot était à présent certaine d’une chose – si elle prenait le volant, aucun des deux n’allait survivre.

A demain pour de nouvelles aventures mrgreen

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