Bric-à-brac

Un peu de normalité

24En l’an de grâce 2008, j’avais commencé à scribouiller une histoire. Ma toute première histoire finie qui s’était d’abord appelée Le miroir des Ombres, puis avait changé pour Le reflet des Ombres. A l’époque, je vivais dans la communauté des webséries – séries littéraires, webfeuilletons, toussa. Je m’étais donc bricolé un petit site pour la bête et j’avais soumis mon premier chapitre au vaste monde de la toile. Et c’est les genoux tremblants que j’avais reçu mes premiers retours. Et le fait est que ces premiers retours m’avaient profondément choquée mrgreen

Le reflet des Ombres, c’est une expérience. Jusque là, j’avais écrit de la fantasy avec des mondes imaginaires et donc très loin de la réalité. LrdO, même si c’était de la SF, reprenait un contexte plus réaliste et s’appuyait pour beaucoup sur mes souvenirs de la Russie des années 1990. Autant dire qu’écrire cette histoire, c’était se mettre à nu comme jamais et c’était un exercice enrichissant et traumatisant. Mais le choc n’était pas venu de là, non-non.

Dans ce premier chapitre, il y avait un passage. Un personnage rentre chez lui sous une pluie fine et morne. Devant l’entrée de l’immeuble, il y a une énorme flaque, résultat du mauvais écoulement des eaux. Et par dessus cette petite mare, quelqu’un a rajouté des briques et des planches pour pouvoir traverser sans finir avec les pieds trempés. Cette flaque, ces briques et ces planches ont existé dans mon enfance. Il y avait cet endroit au croisement de trois routes, toutes trois en pente, et dès qu’il pleuvait, il devenait impossible d’y passer autrement que sur les planches. J’avais rajouté cette image sans vraiment réfléchir, parce que ça semblait la chose normale à ce moment-là, parce que ça collait avec le reste de l’ambiance.

Mais dans les retours que j’avais eus, on s’horrifiait devant la misère. C’était peut-être une réaction normale, je ne sais pas. Mais moi, elle m’avait beaucoup marquée. Pour la bonne et simple raison que le but de ce passage n’était pas de montrer une misère quelconque. A vrai dire, je ne m’étais même jamais formulé la chose de la sorte, tout simplement parce que cette flaque et ces planches étaient une chose normale dans mon petit monde. Elle était juste là, on ne pouvait rien faire contre, donc on avait mis des planches par dessus, point.

Après, évidemment, pendant mon enfance, la Russie ne vivait pas ses meilleurs moments. L’URSS venait de tomber, l’économie était défaillante. Mais voir des gens parler de misère, non, ça n’allait pas. Parce qu’à l’heure actuelle, l’économie russe se porte bien bien mieux, le niveau de vie s’est largement amélioré. Mais voilà, la flaque est toujours là. Et à chaque fois qu’il pleut, elle se transforme en mare. Et à chaque fois, on sautille sur les planches. Donc non, je ne pense pas qu’on puisse l’associer à la misère. Cette flaque traduit juste une autre manière de penser. Parce qu’on pourrait rajouter du béton, on pourrait surélever le croisement des trois routes. Mais finalement, c’est plus simple et plus rapide de juste balancer quelques planches.

Bon, je vous l’accorde, ce billet n’a pas beaucoup de sens. Mais voilà, j’avais envie de parler de choses inutiles tongue

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2 pensées sur “Un peu de normalité”

  1. vefree dit :

    Le petit détail dont tu parles dans Le Reflet des Ombres me touche beaucoup, tu sais. La misère ou la pauvreté est quelque chose de subjectif, finalement, qu’on la côtoie ou qu’on soit en plein dedans. Et au bout d’un moment, ces petites choses deviennent tellement ordinaires et communes qu’on ne fait plus attention. C’est comme le confort dans la vie ; on s’habitue. C’est quand les choses changent qu’on se rend compte dans quel niveau de confort, quelle condition on vit. Je comprend donc que tu aies été choquée du premier commentaire là dessus. On ne fait plus attention à nos conditions de vie. C’est normal ! Quand on n’a rien pour comparer, quand on est tout le temps dedans, comment savoir si c’est miséreux ou carrément luxueux ? On vit avec et c’est tout. Lorsqu’un regard extérieur se pose dessus, c’est là qu’on voit la crasse ou le brillant, du moins le point de vue tout autre de quelqu’un qui connait une autre condition.
    Si tes souvenirs de Russie étaient comme tu les racontes, la richesse de ce retour est à ce point précieux qu’il t’a montré qu’on pouvait voir cette flaque et ces planches autrement que tu les voyaient ; pas si ordinaire que ça. Moi, je vois à travers ça la misère astucieuse, la créativité devant la nécessité, la débrouillardise quand la société vous a abandonnée. Et pour l’histoire que tu racontes avec tant de talent, cette anecdote est plus que bienvenue donnant à ta fiction SF un réalisme sans fard et parfaitement crédible.

    1. Svetlana dit :

      C’est complètement ça :) Tant qu’on n’a pas de point de comparaison, on reste dans la normalité. Et je ne suis même pas sûre que ce soit une mauvaise chose. Enfin… Disons que ça crée davantage de liens entre les gens. Pour rester sur les exemples russes, dans le temps, chaque été, pendant trois semaines, tout le pays se retrouvait sans eau chaude pour cause de réparation de canalisations. Et cette “souffrance” commune était une chose finalement assez supportable, parce que justement, on savait que tout le monde devait subir la même chose.

      Je ne sais pas, c’est sans doute aussi la force de la propagande et de tout ce qu’on voudra. Parce que justement, ce regard extérieur qui porte son propre jugement sur ton environnement, bah il dérange. Et même pas dans le sens que tu te rends compte que tu ne vivais peut-être pas “normalement”. Il dérange parce qu’il s’attaque à ta réalité en voulant imposer la sienne (le plus souvent sans aucune mauvaise arrière-pensée, en plus). Mais tu te rends compte que cette flaque et ces coupures d’eau, t’es prêt à les défendre bec et ongles. Fou-fou-fou.

      Hem, je sens que LrdO 2016 sera rigolo :mrgreen:

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