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Fantasmer l'écriture
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Que de poussière, que de poussière… J’avoue que depuis la fin de la campagne Ulule des Balles perdues, j’ai un peu délaissé ce pauvre blog. Alors, je ne dis pas que là, tout d’un coup, il va redevenir hyper actif. Mais qui sait, les miracles peuvent se produire !

Et aujourd’hui, j’avais envie d’évoquer un sujet que je vois passer de temps en temps chez les auteurices débutant-e-s : une grosse tendance à fantasmer l’acte d’écriture. Alors, il ne s’agit pas de jeter de pierres ni rien, hein. On l’a sans doute pratiqué à un moment ou un autre.

Du coup, comment ça se traduit ? Je vais prendre mon exemple perso d’il y a un petit moment. Dans mon adolescence, j’avais cette histoire. Dans ma tête, c’était totalement le futur chef d’oeuvre qui allait forcément finir sur toutes les étagères un jour. Le souci pour ledit chef d’oeuvre, c’est qu’il n’avait que sept chapitres. Il n’avait que sept chapitres dans une version, puis dans une autre, puis encore dans une dizaine d’autres. Il avait sept chapitres, pas parce que c’était la totalité du truc, mais parce que je n’allais jamais au-delà.

En fait, j’avais cette idée que tout ce que je devais écrire devait être parfait dès le début. Du coup, quand je sentais que ce n’était pas aussi parfait que dans ma tête et dans le fantasme que je me construisais autour, je remettais tout en question… et je partais sur une nouvelle version. Ce qui fait que j’ai littéralement passé mon adolescence à récrire en boucle la même histoire. Et même pas à la récrire, plutôt à m’imaginer la récrire. Parce que les sept chapitres, ça ne constituait finalement qu’une minuscule partie.

Pour moi, c’est donc ça, fantasmer une histoire : on passe plus de temps à se dire qu’on va s’y mettre, que ça va être génial, qu’on va tout défoncer… pour au final ne rien faire du tout et se sentir mal de ne rien faire.

Attention, je ne parle pas du fait de réfléchir à ses histoires en dehors de l’écriture. Ça, ça fait partie du processus d’écriture. Je parle vraiment de cette procrastination où on rêve le chef d’oeuvre sans jamais se lancer.

Parce que le secret de l’écriture, il n’y en a pour ainsi dire qu’un seul : écrire. Se poser devant sa feuille ou son ordi et… et écrire (je sais, c’est assez dingue). Et ce qu’on sortira ne sera pas parfait, ça ne le sera ni au premier jet ni après quelques corrections. Ça ne le sera jamais, en fait, et il faudra s’en contenter. Mais même avec ce premier jet imparfait, on sera plus proche de notre but d’écrire une histoire. On sera plus proche que si on en reste à la fantasmer.

D’ailleurs, comme a dit une Cricri de ma connaissance, on peut devenir “tellement focalisé sur la destination qu'[on] passe à côté du chemin”. Et c’est parfaitement vrai : l’écriture, ce n’est pas uniquement le fait d’avoir son roman entre les mains. C’est aussi (et sans doute surtout) tout le cheminement : ce qu’on apprend en chemin, les ratés, les réussites, les nids-de-poule dans lesquels on se prend les pieds, les flaques qu’on évite, les petits sentiers imprévus qu’on emprunte. L’écriture, c’est un apprentissage constant. Et tant qu’on en reste à la rêver, à la fantasmer, on rate une partie du voyage.

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  1. Ouiii un nouvel article !
    Je suis d’accord avec ce que tu dis, on peut vite tomber dans le piège de la quête du parfait et finalement… ne rien faire. Alors, retournons écrire ! =D