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Les pâtes froides – Jour 3

Salut à tous ! Comme vous le savez peut-être, ce 17 novembre, sortent Les pâtes froides, un petit roman de science-fiction apocalyptique. Je vous propose donc de découvrir les premiers chapitrons (eh ouais, pourquoi changer les bonnes habitudes…). Bonne lecture !

Le dernier journal

 [An 3120]

— En fait, tout a commencé y a des années. Quand les autres-là ont tenté de tout ficher par terre.

— Tu fais quoi au juste ?

Le ton de Marc est venimeux, on dirait qu’il parle à un demeuré.

— Je fais un journal, je lui réponds.

— Pour quoi faire ?

— Pour que les gens sachent.

— Quels gens ?

— Tu vas vraiment me faire chier jusqu’au bout ?

Je lui tourne le dos et tente de reprendre l’enregistrement.

— Non, parce que bon, il grogne de derrière, les gens pour écouter ça, il y en aura pas tellement. Après tout ça, je veux dire.

Je réponds pas.

— Comme tu veux, il répond et le silence retombe sur le bunker.

Je rappuie sur le bouton d’enregistrement et l’entends renifler derrière.

— Tout a commencé y a des années. Y avait un groupe. Ils se faisaient appeler le Nouveau Souffle. J’sais pas trop ce qu’ils glandaient. Je crois qu’ils voulaient repartir de zéro. Les cons. C’était qu’une secte, de toute façon. Et ils ont bien foutu la merde.

Je m’arrête un instant et jette un coup d’œil derrière, vers Marc. Mais il me regarde plus. Il a l’air de s’en foutre de ce que je fais.

— Y avait un mec qui les dirigeait. Me semble. J’crois qu’on a jamais su son nom complet. En même temps, vu c’qui s’est passé, je le comprends. Moi non plus, j’aurais pas voulu filer mon vrai nom.

Je regarde les secondes de l’enregistrement défiler en silence. Je sais même plus ce que je voulais raconter. Le Nouveau Souffle, ça paraît si loin. Il y a eu tellement de trucs depuis.

Je secoue la tête et coupe l’enregistrement. Marc a raison. Ce journal, c’est crétin comme idée.

Les passants

 [An 3098]

Ted et Ned sont nés dans la ville et l’ont jamais quittée. L’occasion s’est jamais présentée et puis, bon, ils trouvent bien assez à faire sans avoir envie d’aller voir ailleurs.

Ted et Ned, ils viennent tout juste de fêter leurs dix étés. Parce que Ted et Ned, ils sont nés le même jour. Ils sont allés au même jardin d’enfants et à la même école. Ted et Ned, quand on leur demande s’ils sont de la même famille répondent tout naturellement « oui », même si c’est pas vrai.

Ted et Ned, ils trouvent que les études et tout ce que les adultes veulent leur faire faire, c’est nul. Parce que Ted et Ned, ils ont des occupations bien plus intéressantes.

Par exemple, l’année dernière, pendant la fête des Morts, ils ont décidé de faire revenir un cadavre à la vie. Ils ont tout fait comme il faut – ils ont bricolé un parchemin qui avait l’air vachement vieux, ils ont répandu de la poussière et de la peinture rouge pour remplacer les cendres et le sang. Bon, le mort a pas voulu sortir de sa tombe. Mais ça, c’était peut-être parce qu’ils l’avaient pas déterré avant.

Et aujourd’hui, Ted et Ned ont dit à la maîtresse qu’ils se sentaient vraiment pas bien. Ils sont même allés jusqu’à mimer d’affreuses crampes d’estomac. Le médecin de l’école a voulu appeler les parents, mais Ted et Ned ont répliqué en chœur qu’ils travaillaient et qu’ils pouvaient pas venir les chercher. Du coup, le médecin les a gardés dans son cabinet qui sent bizarre.

Et puis, au bout d’un moment, le médecin, il est sorti. Et Ted et Ned en ont profité pour filer en douce. Ils savent qu’ils vont se prendre un savon, mais ça sera ni le premier ni le dernier.

Partir de l’école a été trop facile et déambuler dans les rues a une saveur d’interdit assez grisante. Ted et Ned sont à présent des aventuriers qui partent à la découverte d’un monde inconnu et sauvage.

Mais leur petit voyage tourne court quand la terre commence à trembler.

La dernière radio avant la fin du monde

 [An 3098]

« Salut la compagnie ! Il est midi et vous écoutez la dernière radio avant la fin du monde.

Aujourd’hui, les choses ne vont pas super bien. Dingue, hein ? Eh oui, il faut dire que depuis le tremblement de terre de vendredi dernier, ce n’est pas la joie. Quelques immeubles se sont effondrés les uns sur les autres, de grosses crevasses parcourent la ville. Mais pas de panique ! On va s’en sortir. En tout cas, les auditeurs de notre radio apocalyptique ont une chance !

Parce qu’aujourd’hui, on inaugure la rubrique pratique de notre émission. Oui, oui, vous avez bien entendu ! Aujourd’hui, on va apprendre tous ensemble comment ne pas se faire enterrer vivant par un immeuble qui s’effondre. C’est carrément d’actualité !

Imaginez donc. Vous marchez tranquillement. Vous êtes sorti pour une balade digestive ou pour promener votre chien. Mais voilà que la rue dans laquelle vous vous trouvez commence à trembler et que les immeubles se décident soudain à tomber. Qu’est-ce que vous faites ? Vous courez, pas vrai ? Grossière erreur.

Parce qu’en décidant de courir, vous cédez à la panique. Et la panique, il faut l’éviter, vous vous rappelez ? Non, ce qu’il faut faire dans ce genre de situation, c’est se calmer. Respirez à fond, ne faites pas gaffe à la poussière qui essaie de se loger dans vos poumons. Et quand vous sentez votre cœur battre normalement, analysez la situation. Regardez à gauche, à droite. Regardez l’immeuble qui tombe. Dans quel sens tombe-t-il ? À gauche ? Parfait ! Dirigez-vous à droite.

C’est élémentaire, pas vrai ? Eh bien, oui. Mais avec la panique, tout devient bien plus compliqué. Maintenant, vous savez quoi faire et plus aucun immeuble n’aura votre peau !

Mais les choses sont calmes à présent. Peut-être n’aurez-vous aucune raison de fréquenter des bâtiments qui tombent. En tout cas, c’est tout le mal que je vous souhaite ! Et d’ici là, portez-vous bien et méfiez-vous des crevasses ! »

A demain pour sortie du roman !

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